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Tome second.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

partir nn messager pour le Caire, annonçant à la fois le débarquement desFrançais et la prise de la ville. A cette nouvelle, Ibrahim fut consterné ; maisMourad, sautant sur son cheval de bataille, prescrivit aux muezzins d’annoncerpartout du haut des minarets l’arrivée des Français et l’ordre de prendre lesarmes. En même temps, des messagers furent envoyés par lui au saïd, aufayoum, au désert: beys, sclieicks et mamelucks furent convoqués contrel’ennemi commun.

A son ignorance près de l’art de la guerre, Mourad était, par son activité etson courage, un adversaire digne de nous. Scs mamelucks étaient les meil-leurs cavaliers du monde. Cette milice couverte d’or, montée sur des coursiersnumides rapides comme le vent, chargeait avec une impétuosité irrésistible.Nulle troupe n’avait pu jusqu’ici rivaliser avec ces redoutables cavaliers, etc’est là ce qui faisait la force et la puissance des deux beys égyptiens . AussiMourad n’hésita pas à marcher au devant de ces soldats d’Occident que la mervenait de porter sur le rivage d'Égypte , et qui osaient s’en proclamer lesmaîtres.

Bonaparte, de son côté, avait hâte de s’emparer du Caire . Après avoir arrêtéle plan des ouvrages à construire pour mettre la ville d’Alexandrie en état de dé-fense, il y laissa Kléber blessé avec une demi-brigade et trois compagniesd’artillerie, et il se mit en marehe avec le reste de son armée, c’est-à-dire en-viron 30,000 hommes.

Deux routes conduisent d’Alexandrie à Ramanieli, point intermédiaire entrecette ville et le Caire : l’une longeant le Nil et la mer, et traversant des pays ha-bités; l’autre, plus courte, mais àtravers le désert de Damanliour. Il avait hâted’arriver au Caire ; il choisit la plus courte. Le général Dugua, avec la divisionKléber, fut chargé néanmoins de suivre la première et d’escorter une flottilleconsidérable, chargée de vivres, d’artillerie et de munitions, qui devait re-monter le Nil en même temps que l’armée.

L’ordre du départ fut donné le 6 juillet, et toutes les troupes se mirent enmouvement, Dugua vers Rosette et le reste de l’armée vers le désert.

Il était six heures du matin, et déjà le soleil était dévorant. Desaix marchaità l’avant-garde. On rencontra bientôt le désert qui, en Égypte , s’avance par-tout où la civilisation recule. Nos soldats furent effrayés en apercevant cesplaines immenses, véritables mers de sable sans bornes et sans horizon, euxqui venaient de combattre dans les plaines fertiles de l’Italie et de l’Allemagne .Une morne stupeur se répandit dans les rangs. Point d’eau pour étancher lasoif, point d’arbres pour se reposer à l’abri du soleil; un sable mouvant sousles pieds, un soleil dévorant sur la tête, et qui, tombant d’aplomb sur lesbaïonnettes, reflétait une lumière insupportable. Un vent chaud et lourd commele simoun qui, soulevant des tourbillons de sable fin comme l’air, aveuglaitnos soldats. Quelques poteaux posés de distance en distance indiquaient laroute aux caravanes, et à peine trouvait-on deux ou trois misérables vil-lages dans cette plaine de trente lieues d’étendue. De temps en temps on aper-cevait au loin ou sur les derrières quelques troupes d’Arabes nomades qui