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Tome second.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.

suivaient nos colonnes comme des oiseaux de proie pour surprendre et égor-ger les traînards, et qui disparaissaient ensuite avec une étrange rapidité.Les colonnes cependant continuèrent d’avanCer. Une sombre tristesse s’étaitemparée de tous les cœurs, de tristes présages étaient dans tous les esprits. Plusde lazzis joyeux, plus de chants pour abréger l’ennui des longues roules et ap-porter à l’oreille charmée comme un écho lointain de la patrie absente. On avaitannoncé aux soldats une terre féconde, et ils ne rencontraient qu’un désert dé-vorant, où, comme les soldats de Cambyse , ils craignaient de rester ensevelis.Déjà, il faut le dire, ces soldats, ceux d’Italie surtout, avaient joui des délicesde Capoue; le goût du repos leur était venu avec la paix; ils étaient riches degloire, riches d’argent la plupart; cette épreuve fut rude et terrible. Ils avaientsuivi Bonaparte sur la promesse qu’il leur avait faite d'une belle conquête enOrient, et ils avaient rêvé des aventures merveilleuses, des fortunes inouïescomme dans les contes des Mille et une Nuits, que quelques-uns leur avaientlus ou racontés dans les longues heures de traversée. Et à ces villes somp-tueuses, à ces palais resplendissant d’or élevés dans .leur imagination, à cesfemmes d’Orient, perles du sérail, si belles dans les contes de Saadi, acesjardins mystérieux et embaumés, à tous ces rêves, enfin, avait succédé uneeffrayante réalité. La première ville qu’ils avaient rencontrée, fille d’Alexan-dre et célèbre dans l’histoire, malgré son beau nom, n’était plus qu’une misé-rable et triste cité où tout était ruine, misère et désolation. Puis, au lieu deplaines fertiles, de jardins riants, on avait trouvé le désert, un désert sans fin.Bientôt le mécontentement fit place au désespoir. Desaix, après une premièrejournée de marche, écrivait à Bonaparte : « Si l’armée ne traverse pas le désertavec la rapidité de l'éclair, elle périra. » Et Desaix était un des hommes les plusdifficiles à émouvoir. Un supplice plus affreux encore (pie la chaleur vint aug-menter le découragement de l’armée : lasoif. Plusieurs soldats en moururent. Onrencontrait bien de temps en temps sur la route quelques puits creusés par lescaravanes, mais les Arabes nomades les avaient mis à sec, et il n’y restait qu’uneeau saumâtre et insuffisante pour éteindre la soif. Un phénomène extraordi-naire, inconnu en Europe , ajoutait encore au supplice de ces malheureux sol-dats : le mirage. A chaque instant leurs yeux éblouis apercevaient au loin desnappes d’eau fraîches et limpides; ils marchaient tout trempés de sueur et al-térés encore par cette illusion décevante, et les fleuves fuyaient sans cesse de-vant eux. Cette première journée fut terrible.

Après deux jours de marche, ori arriva à Damanhour . On avait annoncé auxtroupes qu’elles trouveraient là de quoi se refaire de leurs fatigues; et, comme sitout devait être illusion funeste pour cette armée, Damanhour n’était qu’unpauvre village composé de misérables huttes où Ton ne trouva ni pain ni vin,mais seulement quelques lentilles et de l'eau. Il fallut continuer la route dansle désert. Des murmures se firent entendre dans l’armée; des plaintes arrivè-rent jusqu’à l’oreille du général. Les soldats de l’armée du Rhin, qui ne con-naissaient Bonaparte que par sa renommée, et qui par conséquent se confiaientmoins aveuglément à son génie, exprimaient en termes très-vifs leur mécon-