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Tome second.
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454 HISTOIRE DE L’ARMÉE

La marche dans le désert, qui semblait devoir être funeste aux blessés et auxmalades, leur fut au contraire favorable en général, bien qu’ils n’eussentpour nourriture que du biscuit et de l’eau souvent saumâtre. Mais le désir derevoir l’Égypte , qui était presque une seconde patrie et les rapprochait de laFrance , soutenait leur courage. La plupart même se trouvèrent guéris en ar-rivant au Caire . La marche se faisait donc heureusement, malgré la chaleur.Le thermomètre, posé sur le sable, montait à 44 degrés Réaumur. A l’air libreil marquait 34; mais c’était une chaleur sèche à laquelle nos soldats avaientfini par s’habituer. Perdus au milieu de ces mers de sable, ils plaisantaient en-core et disaient : « Le général en chef nous a promis à Toulon six arpents deterre à chacun, il peut nous en donner ici à discrétion, nous n’en abuseronspas. »

Sur la route, on trouvait dans quelques bas-fonds des flaques d’eau doucequi étaient recherchées avec avidité. Le soldat, pour approcher de ces sources,n’aurait pas cédé sa place pour de l'or aux chefs et aux généraux eux-mêmes.Bonaparte , dit-on, faillit un moment suffoquer par la chaleur. Un soldat luicéda un débris de porte où il put un moment se mettre à l’ombre; et celui-là,dit Bonaparte, me fit une immense concession. En rentrant en Égypte , uneautre épreuve attendait l’armée. Un ouragan terrible du simoun l’accueillitprès de Salahieh, et faillit l’engloutir tout entière dans les sables. Cet ouraganfit périr plusieurs malades. Enfin, le 14 juin, l’armée fit son entrée triomphaleau Caire par la porte de la Victoire, après trois mois d’expédition. Bonaparte donna au_Caire des fêtes magnifiques pour célébrer son retour en Égypte ;mais l’armée, les chefs surtout, qui avaient revu avec empressement la capi-tale de l’Égypte , ne tardèrent pas à murmurer de nouveau et à se plaindre. Ily avait un an que nos soldats avaient quitté Toulon et qu’ils étaient en Égypte .Ils désiraient revoir la France . La nostalgie avait gagné tous les esprits. Lesgénéraux demandaient des congés pour passer en Europe , au risque d’être en-

nous lisons dans une lettre écrite en 1829, par M. D’Aure, aucien intendant général de l’arméed’Orient :

« Lors du retour de l’armée à Jaffa, le général en chef Bonaparte , voulant entièrement faireévacuer par terre et par mer tous les malades sur l’Égypte , m’ordonna de me rendre dans laplace, afin d’y prendre toutes les dispositions nécessaires pour faire partir tous les blessés etpestiférés, soit par mer, sur Damiette , soit par terre, sur El-Arych, mission qui n’était pas sansquelque danger...

« L’évacuation par mer, sur Damiette , se fit par l’embarquement des blessés et pestiféréssur sept bâtiments qui se trouvaient dans le port de Jaffa, mis à ma disposition par l’amiralGantheaume , et commandés par des officiers de marine. Ces bâtiments étaient : le cliebec laFortune, la chaloupe l’Délène, et les djermes numéros 1, 3, 4, 5 et 6.

« Comme il ue restait pas à Jaffa un seul des trente-quatre officiers de santé que nous y avionslaissés pour le service des hôpitaux, tous étant morts de la peste, MM. Larrey et Desgenettesdésignèrent MM. Rosel, André, Lagier, Javanat, Leclerc, Glèze et Morangers, tous officiers desanté appartenant aux ambulances et aux corps de l’armée. En conséquence, on en plaça un surchacun des bâtiments, ainsi qu’un employé des hôpitaux, pour donner des soins aux malades etblessés, leur faire distribuer des vivres et tenir la comptabilité. »

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