ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 457
l’armée, quoique réduite, présentait encore un effectif de 25,000 soldats, lesplus aguerris du monde et les mieux commandés.
C’est sous l’impression de cette éclatante victoire que Bonaparte résolut derevenir en France . Il était sans nouvelles depuis six mois. Des journaux qu’ilparvint à se procurer lui apprirent que de grands désastres avaient frappé lesarmées de la république, que l’Italie était perdue, que Turin et Mantoue étaientbloquées, que Malte était menacée, que Corfou était prise, et que nos arméesdu Rhin et du Danube avaient éprouvé de grandes défaites. Sa résolution futarrêtée; il résolut de partir et d’essayer la traversée au milieu des escadres an-glaises qui sillonnaient la Méditerranée. Il comptait sur sa fortune. Auparavantil rédigea une longue instruction pour Kléber, auquel il laissait le commande-ment, et fit ses adieux à l’armée dans un ordre du jour qui fut lu aux troupesaprès son départ.
« Soldats, les nouvelles d’Europe m’ont décidé à partir pour la France ; jelaisse le commandement de l’armée au général Kléber. L’armée aura bientôtde mes nouvelles; je ne puis pas en dire davantage. Il me coûte de quitter dessoldats auxquels je suis si attaché, mais ce ne sera que momentanément, cl legénéral que je leur laisse a la confiance du gouvernement et la mienne. »
Le départ de Bonaparte a été diversement apprécié. Blâmé sévèrement parquelques historiens, il a été approuvé par d’autres, et notamment par Jomini et Thiers. « Ce n’était pas, comme on l’a dit, une lâche désertion, car il lais-sait une armée victorieuse pour aller braver des dangers de tout genre, et leplus horrible de tous, celui d'aller porter des fers à Londres . C’était une de cestémérités par lesquelles les grands ambitieux tentent le ciel, et auxquelles ilsdoivent ensuite cette confiance immense qui tour à tour les élève et les pré-cipite (1). »
Voyons maintenant ce qui s’était passé en Europe pendant que le drapeautricolore flottait victorieux sur les bords du Nil et du Jourdain.
L’Europe tout entière, ainsi que nous l’avons dit, avait pris les armes etformé le nœud d’une nouvelle coalition contre la république. Le Directoire ,pour faire face à tant d’ennemis à la fois, avait ordonné une nouvelle levéed’hommes pour compléter les armées. Jamais la France ne s’était trouvée dansune position pareille, même aux premiers jours de la révolution; car il ne s’a-gissait plus de défendre le territoire, il s'agissait de garder à la fois la Hollande,la ligne du Rhin, la Suisse et l’Italie , c’est-à-dire tout le pays compris entre lesfroides eaux du Zuyderzée et l’Ombronne que baignent les chaudes lamesde la mer Icarienne. Il fallait une armée assez nombreuse pour couvrir toutesces provinces inféodées à la mère patrie, et, ce qui était plus difficile encore, ilfallait distribuer convenablement les troupes. LeDirectoire n’avait de disponiblesque 160,000 hommes environ pour garder cette ligne immense, en attendantl’ar-rivée des conscrits qui devaient renforcer les divers corps et porter l’effectif audouble. Ces troupes furent ainsi distribuées : 10,000 hommes devaient observer
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