4“>6 HISTOIRE DE L’ARMÉE
encore 12,000 hommes de troupes fraîches, et il occupait la forte position d’A-boukir, se liant par la droite à la mer et par la gauche au lac Madieh. Bona-parte , sachant combien les soldats turcs, solides derrière un retranchement,redoutent la cavalerie en plaine, fit répéter la même manœuvre par Murat ;c’est-à-dire que, pendant que les divisions d’attaque de Lannes et de Desaixabordaient la position sur le front et sur la droite, Murat, avec sa cavalerie,devait tourner l’ennemi par la gauche en passant sous le feu de la redoute etdes barques canonnières. En voyant nos divisions s’avancer l’arme au bras, lesTurcs sortent des retranchements et se jettent à leur tour en avant. Ces soldatsarmés d’un fusil sans baïonnette et de deux pistolets, tirent d’abord leurs troiscoups de feu et prennent ensuite leur sabre; mais ils rencontrent les baïonnettesde l’intrépide 32° demi-brigade, ils se font poignarder en voulant les saisir avecleurs mains. Nos colonnes se portent en avant. Déjà la 18 e demi-brigade estarrivée au pied de la redoute; une épouvantable canonnade la repousse. L’ad-judant-général Leturque est tué; le général Figuières a le bras emporté.Murat, de son côté, n’a pu accomplir son mouvement, tant le feu des redoutesest violent. Bonaparte voit les efforts de ses troupes échouer contre cette se-conde ligne. Il hésite et ne sait s’il doit tenter une nouvelle attaque. En ce mo-ment, il s’aperçoit que les Turcs sortent en masse de la grande redoute pourvenir couper les têtes des morts épars dans la plaine. Il profite de cette heu-reuse circonstance avec sa promptitude habituelle. Le général Lannes, quiétait en bataille derrière le village, s’élance au pas de course sur la redoutedégarnie. L’aile gauche se rallie à son tour et marche en avant. En mêmetemps le général Murat, par une heureuse inspiration, ordonne une chargegénérale pour tourner la gauche des ennemis. Tout s’ébranle à la fois. Le gé-néral Lannes emporte les retranchements. Murat, qui a enlevé ses escadrons,obtient un plein succès et rend la victoire décisive. Placé entre le fort d’Abou-kir et les retranchements, il coupe la retraite aux ennemis et les pousse dansla mer. Il pénètre lui-même dans le camp de Mustapha-Pacha, et, par uneprouesse qui rappelle les paladins des croisades, il engage une lutte avec lechef arabe. Blessé légèrement au menton d’un coup de pistolet, Murat coupedeux doigts à son adversaire d’un coup de sabre et le fait prisonnier. Alorscommence un effroyable carnage. Les janissaires, assaillis de tous côtés,poussés la baïonnette dans les reins par l’infanterie de Lannes et de Ràmpon ,sabrés par la cavalerie de Murat, se précipitent dans les flots, et bientôt 9 ou10,000 cadavres flottent sur cette rade d’Aboukir , si funeste à nos marinsl’année précédente.
Ainsi toute cette armée avait été détruite. C’est la première fois que l’his-loire offrait une pareille circonstance. Quelques Turcs renfermés dans le fortd’Aboukir et commandés par le fils du pacha avaient seuls échappé au dé-sastre; mais ils ne pouvaient se défendre plus de huit jours, et en effet ils serendirent bientôt à discrétion. Ces malheureux avaient tellement souffert de lafaim et de la soif qu’ils périrent presque tous pour avoir mangé avec trop d’a-vidité. La possession de l’Égypte était assurée désormais contre les ennemis, et