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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
Le général Kray, un des plus habiles capitaines de cette époque, jugea quele point essentiel de la bataille était à notre droite, où les deux généraux Victoret Grenier s’étaient placés dans une position hasardée. Il réunit toutes ses forcessur ce point. Il avait sur le général en chef de l’armée française l’avantage depouvoir faire agir plus aisément ses divisions moins disséminées que les divi-sions françaises. Il tomba à l’improviste sur Grenier. Victor vola à son secours;il rencontra la cavalerie qui s’était glissée entre lui et la division Delmas. Il yeut là une nouvelle et plus sanglante lutte. Les généraux français se cram-ponnaient à leur victoire. Ils tinrent longtemps et firent bonne contenance;mais Kray, ayant rallié la division Mercantin, la poussa sur le même point etforça les deux généraux à la retraite. Le centre de l’armée française se trouvamenacé à son tour. Moreau y commandait; Moreau, l’homme le plus iné-branlable au milieu d’un désastre et dont le génie semblait grandir dansles circonstances difficiles, essaya de se rabattre sur la droite et de prendre àrevers les masses qui s’étaient portées de ce côté et qui le pressaient. Malheu-reusement ses troupes combattaient dans un terrain coupé de nombreux en-clos, ce qui rendit cette manœuvre inexécutable. Cependant il parvint àmaintenir l’ennemi. Ainsi nous étions battus à la droite; le centre et la gauchetenaient encore, mais ils ne pouvaient tenir longtemps.
Schérer, jugeant que la bataille était perdue, donna le signal de la retraite;elle se fit en bon ordre. Les Autrichiens n’osèrent poursuivre nos soldats; ilsse contentèrent de l'honneur de bivouaquer sur le champ de bataille. La vic-toire avait été chaudement disputée; les Français avaient perdu 3,000 hommes,mo. ‘s ou blessés, et 4,000 prisonniers. Les Autrichiens avaient eu un nombreégal d’hommes hors de combat; mais ils n’avaient perdu que 2,000 prison-niers. Le lendemain, l’armée française se replia sur le Mincio, puis sur l'Oglio et enfin sur l’Adda. Schérer avait perdu la tête; les reproches de son arméel’avaient ébranlé plus que sa défaite. Les soldats disaient tout haut et très-éner-giquement que c’était son impéritie qui avait causé la perte de la bataille;que c’était sa pusillanimité qui les obligeait à abandonner ainsi, étape par étapeet en fugitifs, cette Italie qu’ils avaient conquise et conservée pendant trois ans,sans oser tenir sur aucune des lignes qui suffisaient pour contenir une arméebien supérieure à celle du général Kray. Ils ajoutaient qu’ils avaient fait leurdevoir comme autrefois, que le général seul avait manqué à sa mission. AussiSchérer s’empressa-t-il de se démettre du commandement en faveur de Mo-reau qui, par un dévouement dont l'histoire doit lui tenir compte, n’hésita pasà l'accepter dans cette position désastreuse. Ainsi en moins de deux mois nousavions perdu l'Allemagne à Stokach, l’Italie à Magnano. C’est après cettebataille que le maréchal Soucvarow, à la tête de 30,000 Russes , fit sa jonc-tion avec l’armée autrichienne dont Mêlas était venu prendre le commande-ment. Somvarow arrivait en Italie précédé d’une réputation de talent et decourage invincibles; on disait que ce barbare à l’esprit inculte était le plusgrand homme de guerre des temps modernes, qu’il avait perfectionné l’em-ploi de la baïonnette, et que rien ne pouvait résister à l’impétuosité de ses Tar-ii. „ 59