Band 
Tome second.
Seite
466
JPEG-Download
 

400

HISTOIRE DE L’ARMÉE

tares j on rappelait ses campagnes de Pologne , où il s’était montré si cruelle-ment impitoyable, ses campagnes de Turquie , où il avait écrasé les Osmanlis,et les détails horribles du sac d’Ismailow étaient dans toutes les bouches. Dureste, Souwarow olirait un étrange assemblage de qualités et de défauts, desimplicité et de bizarrerie. Doué d’une grande énergie de caractère, d’un coupd’œil prompt et rapide sur le champ de bataille, il manquait de sang-froiddans les circonstances difficiles, et était incapable de concevoir un plan stra-tégique sagement combiné, n’ayant que des idées inexactes sur l’emploi rai-sonné et méthodique des trois armes. Toute la science de la guerre, suivantlui, consistait dans la vigueur de l’élan et dans l’emploi de la baïonnette. Etcependant ce barbare grossier faillit mettre la république à deux doigts de saperle. Son armée lui ressemblait en quelque sorte; officiers et soldats offraientle grossier exemple du courage fanatique et de l’ignorance superstitieuse. Lacavalerie, l'artillerie, le génie, en étaient encore aux rudiments des sièclespassés; mais la bravoure de ces soldats, la confiance qu’ils avaient en leurchef, les avaient rendus invincibles sur tous les champs de bataille où ils avaientcombattu. La lutte nouvelle qui allait commencer devait donc présenter lespectacle de l’énergie brutale et mal dirigée contre l’énergie savante et calculée.

Schérer, ainsi que nous l’avons dit, s’était retiré sur l’Adda. Son armée,forte de 4ü,000 hommes, se trouvait réduite à 28,000 : 10,000 avaient été tuésou pris, et 8,000 étaient enfermés à Peschiera et à Mantoue . Son armée, di-visée en trois corps, était encore, suivant sa funeste habitude, dispersée surune ligne de vingt-quatre lieues. Serrurier était à Lecco , Grenier à Cassano,"Victor à Lodi; un corps sous les ordres du général Montricliard appuyait versles montagnes de Gènes pour se lier au corps de Macdonald, qui avait reçul’ordre d’abandonner le royaume de Naples et de se replier vers l’Adda.

Le maréchal Souwarow, commandant en chef les deux armées russe et au-trichienne, se mit aussitôt à l’œuvre. Il laissa le général Kray devant Mantoue qu’il devait assiéger, il prescrivit au général Klenau de resserrer Macdonaldsur le revers montueux de l’Apennin , et il se porta lui-même avec Mêlas surBergame et Cassano. L’Adda fut franchi sans obstacle, et, le 26 avril, l’arméecombinée arriva sur la rive gauche du fleuve. C’est ce jour-là même que Mo-reau reçut le commandemeut en chef de cette armée. « Ce brave général avaitquelque droit de le refuser. On l’avait fait descendre au rôle de simple divi-sionnaire, et maintenant que la campagne était perdue, qu’il n’y avait pluscpie des désastres à essuyer, on lui donnait le commandement. Il empêcha unedéfaite en l’acceptant le soir même où l’Adda était forcé. C’est ici que com-mence la moins vantée et la plus belle partie de sa vie (I). »

Le soir même, le premier engagement des troupes françaises contre lesRusses eut lieu à Lecco . La 18° légère, à la vue de ces soldats qu’on disait siterribles, sortit spontanément des retranchements pour les attaquer. Une sorte

(i) Thiers .