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HISTOIRE DE L’ARMÉE
passer le fleuve. Dombrowski, général intrépide, aurait pu, alors, se ra-battre sur Bagration , et rendre l’action décisive; mais Dombrowski n’é-tait que brave; il resta inactif. Au centre, les division Olivier et Montrichardpassèrent également le fleuve; elles furent aussi repoussées par les réservesque Mêlas envoyait à Souwarovv et qui se jetèrent inopinément sur les flancs dela division Montrichard. A la droite, le général Watrin, qui n’avait pas été en-gagé, fut forcé lui-même à rétrograder. Ainsi sur toute la ligne l’armée fran-çaise avait été repoussée. Souwarovv essaya à son tour de franchir le fleuve;mais il trouva partout un rempart invincible. Il fut obligé de coucher dans laposition de la veille. Telle fut la troisième journée de laTrebbia. Elle avait étésanglante pour les deux armées, qui perdirent environ 12,000 hommes, et dontpresque tous les généraux avaient été blessés. Elle fut surtout funeste pourl’armée française, qui, manquant de vivres et de munitions, dut se mettre en re-traite le lendemain à travers les rochers de l’Apennin pour gagner Gênes , et qui,vivement poursuivie par les Russes , eut plus de 3,000 hommes faits prisonniers.
Pendant ce temps, Moreau, qui avait manœuvré pour retenir Souwarovv surla Bormida, perdait un temps précieux à battre Bellegarde et à débloquer Tor-tone. Il se borna à envoyer sur Bobbio un faible détachement, qui ne fut d’au-cun secours à l’armée de Naples . Il aurait dû s’attacher à la poursuite du feld-maréclial, ou au moins envoyer une division sur Bobbio ; mais il ne pensait pasque Macdonald entrerait en ligne si prématurément. Aussi sa surprise et sa dou-leur furent extrêmes, lorsque, le 22 juin, après avoir fait éprouver un nouveléchec à Bellegarde, à Canina-Grossa, il apprit les événemens de la Trebbia . Ilrésolut alors d’attirer encore une fois sur lui le gros des forces ennemies, afinde donner à Macdonald le temps d’opérer sa retraite. A cet effet, il feignit demarcher sur la Bormida pendant qu’il s’établissait sur les hauteurs de Gavi etde Novi, et de là regagnait les postes qu’il occupait avant sa marche en Tos-cane . Cette manœuvre réussit. Souwarovv, en entendant le canon de Moreau,cessa de poursuivre aussi vivement l’armée de Macdonald, qui put enfin se re-tirer derrière l’Apennin. Elle avait perdu en Toscane 14 ou 15,000 hommestués, blessés ou prisonniers.
Telles furent les journées de la Trebbia , journées funestes qui firent perdreà la France l’Italie tout entière. De vives contestations s’élevèrent entre lesdeux généraux, qui s’attribuaient mutuellement les causes de ce grand dé-sastre. Nous laisserons aux critiques le soin de décider cette question, qui n’ajamais été éclaircie; mais nous ajouterons qu’au milieu de ces désastres, ja-mais les armées d’Italie , même aux beaux jours de leur gloire, n’avaient mon-tré plus de courage, d’intelligence et de dévouement. C'est une justice que nosennemis eux-mêmes ne sauraient leur refuser. Aucune armée républicainen’a mieux mérité de la patrie; car aucune n’avait montré jusqu’alors tant deconstance à supporter la misère. La série de revers éprouvés par elle, loin d’a-battre le courage des soldats, semblait l’avoir redoublé. Battus presque tou-jours, ils demandaient sans cesse à marcher à l’ennemi. Avec de tels hommesla France ne pouvait succomber.