ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 477
Le reste de l’armée parvint à se rallier à Gavi, et elle put se remettre enmarche vers l’Apennin pendant la journée du 16 sans être inquiétée.
Telle fut la funeste journée de Novi. Les Français avaient perdu 10,000hommes tués ou pris, un général en chef, quatre généraux de division, dixbouches à feu et quatre drapeaux. « Cette victoire nous a coûté cher, » écrivaitMêlas à la cour de Vienne . En effet, les pertes des Autrichiens avaient été plusgrandes que les nôtres. Ils avaient eu au moins 12,000 hommes tués oublessés.
L’Italie était perdue encore une fois pour la France . Les critiques se sontélevés contre la conduite des généraux français . Joubert a été sévèrementblâmé de son inaction pendant les journées du 13 et du 14 août. Mais en pré-sence de la mort et du dévouement héroïques de ce jeune homme, si grand decœur et de caractère et si sincèrement patriotique, on sent le blâme expirerau bout des lèvres. On ne peut non plus attribuer à Moreau ce désastre, puis-qu’il n’accepta le commandement qu’au moment où l’action était engagée,et qu’il fit tout ce qu’il était humainement possible de faire pour vaincre.Quant à l’armée, jamais elle n’avait été plus brave et plus héroïque.
La journée de Novi n’avait pas eu sa pareille depuis celle de Malplaquet, oùil périt 30,000 hommes, et depuis celle de Francfort-sur-l’Oder, où FrédéricII fit un carnage si affreux de l’armée russe.
Au moment où le bruit de cette bataille retentissait à Paris , un nouveaudésastre frappait encore la république à l’armée de Hollande. L’expéditionanglo-russe, longtemps annoncée, s’opéra enfin. L’escadre anglaise parut dansla Baltiqüe et jeta sur le Nord-Hollande une division de soldats anglais et russescommandée par le général Abercrombie. Le but du cabinet de Londres étaitde rendre la Hollande indépendante de la France, sous le protectorat an-glais , et surtout de s’emparer de la flotte hollandaise, qui se trouvait alorsdans les eaux du Texel. Le général.Brune, qui commandait l’armée batave,avait sous ses ordres 17,000 hommes environ, dont 7,000 Français et 10,000 Hol-landais. Ces troupes se trouvaient divisées en deux corps; il avait placé les Hol-landais dans le Nord-Hollande, près du Helder, et les Français près de Harlem ,en sorte que les premiers coups des alliés tombèrent sur la division batave,commandée par Daendels , général brave, mais d’une capacité médiocre. Daen-dels fut battu, et les Anglo-Russes purent opérer leur débarquement. Brune,ralliant aussitôt la division hollandaise, vint à son tour les attaquer dans lecamp de Zyp, où ils s’étaient fortement établis. L’attaque fut vigoureuse; mais17,000 Anglais bien retranchés n’élaient pas faciles à enlever. Brune dut yrenoncer et se replier, en attendant des renforts. Cet événement amena la prisede la flotte hollandaise, dont les matelots, gagnés déjà par les guinées anglaises,s’insurgèrent contre leurs chefs à la première sommation de l’amiral Mitchell,et remplacèrent le pavillon de la France par celui de l’Angleterre. C’était lecoup le plus funeste qu’on pût porter à la république.
Ainsi, à ce moment la France avait perdu l’Allemagne et elle était menacéesur le Rhin; elle avait perdu l’Italie et elle était menacée sur le Var ; elle avait