Band 
Tome second.
Seite
478
JPEG-Download
 

478

HISTOIRE DE L’ARMÉE

perdu le Nord-IIollande et elle était menacée sur l’Escaut. Seul, Masséna, enHollande , arrêtait les efforts des armées coalisées et protégeait encore à l'estcette république, si grande et si puissante il y a quelques mois. Un changementsubit de fortune l’amena la victoire sous nos drapeaux. Brune, aprèadecliecqu’il venait de subir, concentra ses forces et attaqua les Anglo-Russes à Kas-trikum, où il leur fit éprouver une grande défaite. La lenteur et l’indécisiondes coalisés le servirent à merveille. Là comme en Italie , le conseil de guerreétait divisé, et la politique du cabinet de Londres opposée à celle de Saint-l’étersbourg. Brune était homme à en profiter. Officier de fortune formé àl’école austère des premières guerres de la république, il réunissait à de grandstalents militaires l’élévation d’un caractère antique. Profondément versé dansl’étude de la langue latine, il portait sans cesse sur lui, comme Latour-d’Au-vergne, un de ses auteurs favoris, et durant les courtes heures du bivouac.,entre le combat de la veille et celui du lendemain, il lisait Virgile ou méditaitHorace. Tel est l'homme auquel la république avait laissé le soin de la dé-fendre sur les bords du Zuyderzée. Après la défaite des Anglo-Russes à Kastri-kum, Brune les poursuivit l’épée dans les reins, il les enferma dans leur campdu Zyp, ancien marais desséché, dont le terrain, coupé de canaux et couvertde digues, présente des moyens de défense insurmontables. Le général fran-çais lés y bloqua étroitement et les força à capituler. L’évacuation de la Hol-lande, l’élargissement de 8,000 prisonniers et une forte indemnité de guerrefurent les conditions de la capitulation. C’était un grand résultat, sans doute,mais les Hollandais eurent la douleur de voir disparaître avec les Anglais leurgrande Hotte, composée de dix vaisseaux de haut bord. Ainsi se termina cetteexpédition dont les coalisés se promettaient de si grands résultats, et qui, aprèsla rapide invasion de la Hollande, devait menacer la France sur la Meuse et leRhin, soulever la Belgique et porter le théâtre de la guerre sur les frontièresseptentrionales de la république. La possession momentanée de quelques lieuesde terrain fut la seule conquête des alliés, encore furent-ils forcés de l’aban-donner bientôt, après y avoir perdu l’élite de leurs soldats. L’expédition duIlelder eut le sort de celle de Quiberon et d’Aboukir. Les mêmes faits ame-nèrent les mêmes résultats. L’indécision, les lenteurs et la pusillanimité desalliés, en donnant à Brune le temps de se reconnaître, firent échouer cetteentreprise. La rapidité seule peut faire le succès de ces sortes d’invasions.

Armées d’IIelvétie et du Danube. — La campagne de 1799 en Suisse est undes événements les plus mémorables de la révolution par les combinaisons mi-litaires et la grandeur des résultats. Masséna, en tranchant d’un coup de sonépée, à Zurich , le nœud de la seconde coalition, s’est placé au rang des pre-miers capitaines de son siècle. En effet, si l’on juge les batailles à leurs résul-tats, jamais, depuis Marathon, Morat et Jemmapes, jamais action de guerren’eut une influence plus décisive sur les destinées d’une nation que celle deZurich ; jamais homme ne mérita d’être élevé plus haut dans les souvenirs dela patrie. Que des critiques aient élevé des objections sur les combinaisons stra-tégiques de ce capitaine, que des écrivains intéressés aient cherché à altérer sa