lio HISTOIRE DE L’ARMÉE
par suite des travaux exécutés dans les bassins. Les matelots prenaient partaussi à cet enseignement réciproque. Il y avait à bord des artilleurs d’infan-terie, et quand on était dans le port, ils faisaient sur le quai, pendant la jour-née, l’exercice du fantassin. C’était, par conséquent, un renfort de 15,000fantassins qui, après le débarquement en Angleterre, seraient capables dedéfendre la flottille le long des côtes où elle serait venue s’échouer. En leurlaissant comme renfort une dizaine de mille hommes, ils pouvaient attendreimpunément au rivage les victoires de l’armée d'invasion.
«Les péniches, dans les commencements, restèrent en dehors de cette orga-nisation, parce qu’elles ne pouvaient pas porter toute une compagnie et qu’ellesétaient plutôt capables de jeter rapidement les troupes à terre que de faire faceen mer à l’ennemi. Cependant on les rangea plus tard en division et on lesattribua spécialement à l'avant-garde, composée des grenadiers réunis. Enattendant, elles étaient rangées en escouades dans le port, et tous les jours lestroupes auxquelles des bâtiments n’étaient pas encore affectés allaient s’exercertantôt à les mouvoir à la rame, tantôt à tirer le léger obusier dont elles étaientarmées.
« Cela réglé, on s’occupa d’un autre soin non moins important, celui de l’ar-rimage des navires. Le premier consul, dans l’un de ses voyages, fit chargeret décharger plusieurs fois sous ses yeux quelques chaloupes, bateaux et pé-niches, et arrêta sur place leur arrimage. Comme lest, on leur assigna desboulets, des obus, des munitions de guerre en quantité suffisante pour unelongue campagne. On disposa dans leur cale du biscuit, du vin, de l'eau-de-vie,de la viande salée, du fromage de Hollande, pour nourrir, pendant vingt joure,toute la masse d’hommes composant l’expédition. Ainsi la flottille de guerredevait porter, outre les 400 bouches à feu attelées de deux chevaux, des muni-tions pour une campagne, des vivres pour vingt jours. La flottille de transport,devait porter, comme nous l’avons dit, le surplus des attelages d’artillerie, le*chevaux nécessaires à une moitié de la cavalerie, deux ou trois mois de vivres,enfin des bagages. A chaque division de la flottille de guerre répondait unedivision de la flottille de transport, l’une devant naviguer à la suite de l’autre.Sur chaque bâtiment, un sous-officier d’artillerie veillait aux munitions, unsous-oflicier d'infanterie aux vivres. Tout devait être constamment embarquésur les deux flottilles, et il ne restait à mettre à bord, au signal du départ, queles hommes et les chevaux. Les hommes, exercés fréquemment à prendre lesarmes et à se rendre par demi-brigades, bataillons et compagnies, à bord de laflottille, n’y mettaient que le temps nécessaire pour aller des camps au port.Quant aux chevaux, on était arrivé à simplifier et accélérer leur embarque-ment d’une manière surprenante. Quelque grand que fût le développementdes quais, il n’était pas possible cependant d’v ranger tous les bâtiments. Onétait obligé d’en disposer jusqu’à neuf l'un contre l’autre, le premier seul tou-chant le quai. Un cheval, revêtu d’un harnais qui le saisissait sous le ventre,enlevé de terre au moyen d’une vergue, transmis neuf fois de vergue en vergue,était déposé en deux ou trois minutes dans le neuvième bâtiment. De la sorte,