HISTOIRE DE L’ARMEE
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couverts de neige, qu’on ne s’aperçut pas d’abord de leur existence. Quelquesrares hameaux rompaient à l’œil la monotonie de ce triste champ de bataille;un ciel sombre et triste ajoutait une teinte morne à l’aspect désolé de cetteplaine. Les soldats sentaient leur cœur serré d’une angoisse inexprimable,triste présage de la sanglante journée qui allait rendre cette plaine à jamaisfameuse.
Beningsen avait pris position un peu en arrière d'Eylau, il avait sa droite àSchloditen, sa gauche à Klein-Saussgarten. Notre position dominait la leur;sous ce rapport nous avions l’avantage.
La nuit se passa sous les armes de part et d’autre. Napoléon , qui marchait ettravaillait vingt heures par jour depuis Varsovie , était épuisé de fatigue; il s’en-dormit pendant quelques heures dans le cimetière d’Eylau, où il avait prisposition, et sous le feu des batteries russes, pour ainsi dire. Au point du jour, ilétait à cheval, observant l’ordre de bataille des ennemis, qui avaient déjà en-gagé l’action par une vive canonnade. Napoléon , protégé par quelques arbres,les aperçut distinctement et put compter leur nombre. Ils étaient rangés surdeux lignes profondes, ayant leur front couvert par 300 bouches à feu. Deuxautres colonnes appuyaient cette double ligne comme pour la soutenir. La ca-valerie était disposée partie sur les ailes, partie en réserve sur les derrières.L’armée russe formait ainsi une masse profonde et compacte, et ressemblait àune véritable forteresse vivante.
Napoléon vit du premier abord combien il serait difficile d'entamer cettearmée ainsi massée par des charges de cavalerie ou d’infanterie. Il résolut del’ébranler par le feu de son artillerie. En conséquence, il fit sortir des corps etmettre en bataille toutes les bouches à feu de l’armée, il y joignit les 40 piècesde la garde, et opposa ainsi près de 200 pièces à la nombreuse artillerie desRusses . En même temps, pour donner moins de prise aux boulets, il disposales troupes de Soult dans un ordre mince, dans le prolongement de la positiond’Eylau au village de Rothenen. |Dans l’intervalle laissé ouvert entre la villeet le village, il forma sur deux lignes en arrière le corps d’Augereau, et plus enarrière encore il plaça la garde impériale et les divisions de cavalerie. C’étaitun peu au-delà de Rothenen que devait déboucher Davoust. De celle manière,l’armée française était couverte à gauche par Eylau, à droite par Rothenen.
Les Russes engagèrent le feu par une violente canonnade, les Français yrépondirent aussitôt par une canonnade non moins violente; les artilleurs fran-çais , plus exercés et ayant pour point de mire cette masse profonde, y faisaientd’affreux ravages. Des files entières étaient emportées. Les boulets russes ,moins bien dirigés, ayant moins de prise, ne frappaient en partie que les bâ-timents de la ville, à laquelle ils mirent le feu. La canonnade dura ainsi pen-dant longtemps; à la fin, les colonnes russes s’ébranlèrent pour attaquer laville par la gauche. Mais elles trouvèrent là les troupes de Soult, les soldatsd’Austerlitz qui les repoussèrent violemment. Napoléon , avant d’agir, atten-dait l’armée de Davoust, il laissa les Russes user leur fureur contre les baïon-nettes de la division Legrand. Davoust, le plus exact de tous les lieutenants,