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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
Une sourde agitation régnait d’un bout à l’autre de l’Espagne ; on regardaitsilencieusement passer nos troupes, et on les comptait. Une grande commo-tion populaire se préparait à Madrid , et, comme une traînée de poudre, devaitembraser tous les points du royaume. Alors commença une lutte terrible, im-placable, entre l'Espagne soulevée au nom de la royauté et de l’indépen-dance, et l’armée française conquérante au nom de Napoléon ; car les Espa-gnols sont les Maures de l’Europe : ils frappent et tombent, comme ils tuent,silencieusement.
Un autre genre de guerre commençait pour nos soldats, une guerre quedevait, plus tard, rappeler celle d’Afrique , guerre d’extermination, d’embus-cades et d’assassinats.
En Espagne , en effet, de rares batailles dans le genre d’Eylau ou de Fried-land, mais des combats tous les jours; plus de journées où on laissait à la fois10,000 hommes sur le lieu où l’on avait combattu, mais des escarmouchesincessantes; pas de corps d’armée à briser, à rompre, à anéantir, mais desmilliers d’assaillants invisibles semés derrière chaque buisson, cachés au fondde chaque ravin, embusqués à l’angle de chaque mur ; jamais ni repos nitrêve; le jour comme la nuit, au revers de la route comme au chevet du lit,tout est à redouter, même l’hôte qui vous prête son toit; car, en Espagne ,aucune sympathie ne vous accueille. L’hospitalité n’est point offerte, maisconquise, et il faut emporter chaque maison d’assaut, comme ailleurs on em-portait les forteresses.
Quel contraste avec le riche pays d’Allemagne , où nos soldats venaient decombattre 1 Quoi de plus opposé à l’excellent Germain, doux, bon, hospitalier,que l’Espagnol aux haines invétérées, dévot à ses vieilles et sauvages tradi-tions, qui a détruit un à un Maures et Romains, et qui devait une à une dé-truire nos plus belles armées !
Le 2 mai, Madrid se soulève. La population de cette capitale, excitée par lesmenées des partisans ,de Ferdinand, prend tout à coup les armes et attaquenoc soldats confiants et désarmés. Une lutte terrible s’engage, le sang couleavec fureur. Murat, assailli de toutes parts, fait pleuvoir une grêle de mitrailledans les rues de la vieille cité espagnole ; le fer et le feu ouvrent un passageà nos soldats partout où l’insurrection se présente. La lutte commencée lematin, au grand jour, se prolonge encore dans la nuit, au milieu des ténè-bres. Enün, la population de Madrid , vaincue, écrasée, terrifiée, est obligéede demander grâce. Les chefs les plus coupables sont immédiatement passéspar les armes.
L’insurrection est éteinte, mais les conséquences sont désastreuses pour lapolitique de l’empereur et pour le nouveau roi. Le canon du 2 mai retentitdans toute l’Espagne , et partout on accueille, avec des cris de malédiction etde rage, l’arrivée d’un souverain dont le règne est inauguré sous de pareilsauspices.
Séville, Valence, imitent l’exemple de la capitale, et massacrent les Fran-çais désarmés. Saragosse, la capKale du fidèle Aragon qui défendit le berceau