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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

un pont de pierre. A peine nos soldats ont-ils dépassé le plateau, qu’ils heur-tent dans l’ombre les avant-postes du corps de Reding.

Ce général, instruit, par des lettres interceptées, de la position isolée deDupont et de son projet de se replier sur Baylen, avait résolu d’arrêter sa mar-che. Il vint se placer en avant de cette ville, dans une position très-facile à dé-fendre, coupé qu’était le terrain par des ravins profonds, et encaissé entre lesprécipices qui bordent le Guadiel et le Rumblar.

Le général Dupont n’avait pas le choix du passage; il fit former son arméeen arrière du liio-de-las-Tiedras, et ordonna l’attaque. L’action s’engagea depart et d'autre avec beaucoup d’ardeur. Les Français , qui comprennent qu’ilfaut à tout prix forcer le passage, s’avancent impétueusement sur les Espa-gnols. Les généraux Chabert, Dupré, Scbramm, fournissent successivementleur attaque. Le général Dupré est tué, Scbramm est blessé; le général Du-pont lui-même, qui dirige les colonnes d’attaque, a reçu une blessure légère.La cavalerie française est lancée à son tour sur les lignes ennemies : ce sontdes cuirassiers. En les voyant marcher au combat, les généraux français espè-rent qu’ils vont enfin ouvrir le passage. En effet, ces braves cavaliers fontmerveille; ils détruisent presque en entier le régiment de los Ordinesmilitares,placé en première ligne, enlèvent une batterie établie sur la gauche, aprèsavoir sabré les canonniers sur leurs pièces; mais les ennemis, supérieurs ennombre, débordent sans cesse nos ailes. Du haut des montagnes, du flanc desrochers, du milieu des bois d’oliviers, surgissent des paysans armés, dont lescoups de feu portent le désordre au milieu des réserves et des blessés. Unsoleil ardent commence à darder sur nos soldats ses rayons dévorants et ra-lentit leur ardeur.

Le général en chef, après avoir usé les troupes d’avant-garde, fait avancercelles du centre, dont il conduit lui-même l’attaque. Inutiles efforts! les lignesespagnoles résistent. Encouragés par le succès, encouragés par le général Re-ding, Suisse d’origine, et qui déploie une opiniâtreté incroyable, admirable-ment servis par leur position, et soutenus par une artillerie nombreuse, les en-nemis redoublent d’ardeur à mesure qu’ils voient ralentir celle de nos soldats.

Ainsi, à dix heures du matin, après sept heures de combat, les Français n’avaient fait aucun progrès. Bien plus, ils avaient perdu beaucoup de monde,et le découragement commençait à les gagner.

Espérant qu’un dernier effort peut être décisif, le général Dupont fait avan-cer la brigade du général Pannetier, composée des marins de la garde, trouped’élite, s’il en fut, et de quelques escadrons de cavalerie. Mais la marche decette brigade, placée à l’arrière-garde, se trouve ralentie par l’encombrement,dans une route étroite et sinueuse, des malades et des bagages; ils arriventenfin, ruisselants de sueur, mais pleins de résolution et d’ardeur. Le combatrecommence avec une fureur inouïe. Les lignes espagnoles sont enfoncéesplusieurs fois; mais, les efforts des marins n’étant pas soutenus, elles se refor-maient aussitôt par la présence de réserves nombreuses.