ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. [267
repoussé. Enfin, il se rejette sur Essling, et parvient à s’en rendre maître. Legénéral Mouton reçoitl’ordre de reprendre cette position. Il était quatre heures;depuis près de trente heures, nos troupes n’avaient cessé de combattre. En cemoment, le duc de Montebello, qui se promenait àjpied derrière la ligne destirailleurs, entre Essling et Aspern, fut frappé d’un boulet qui lui fracassa lesdeux jambes; on l’emporta du champ de bataille (1).
Le combat cessa à dix heures du soir ; comme la veille, chacune des deuxarmées reste dans sa position. Près de 13,000 hommes avaient été tués”ou bles-sés de part et d’autre.
Pendant ce temps, Napoléon s’occupait du soin de ramener ses troupes dansl’île Lobau et d’assurer sa retraite. Ce mouvement s’exécuta avec un ordreadmirable, sans que l’ennemi pût s’y opposer. Quand le dernier corps detroupes eut repassé le fleuve, on releva les ponts, et l’armée se trouva bloquéedansl’île Lobau.
Pendant ce temps, le prince Eugène, reprenant l’offensive, s’avançait par laDrave pour rejoindre l’armée française. Trois jours après la bataille, les pontsdu Danube ayant été réparés, la cavalerie légère de Davoust se mit en com-munication avec cette armée. Napoléon salua son arrivée par cette proclama-tion où se trouvent résumées ses opérations militaires.
« Soldats de l’armée d’Italie 1 vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais mar-qué : le Sommering a été témoin de votre jonction avec la grande armée.
» Soyez les bien venus, je suis content de vous. Surpris par un ennemi perfide avant que voscolonnes fussent réunies, vous avez dû rétrograder jusqu’à l’Adige; mais lorsque vous reçûtesl’ordre de marcher en avant, vous étiez sur le champ mémorable d’Arcole, et là vous jurâtes,sur les mânes de nos héros, de triompher. Vous avez tenu parole à la bataille de la Piave, auxcombats de San-Daniele, de Tarvis et de Goritz; vous avez pris d’assaut les forts de Malbor-guetto, de Pradel, et fait capituler la division ennemie retranchée dans Prevvald et dans Lay-bach. Vous n’aviez pas encore passé la Drave, et déjà vingt-cinq mille prisonniers, six centspièces de canon, dix drapeaux, avaient signalé votre valeur. Depuis, la Drave, la Save, la Murcb,n’ont pas retardé votre marche.
» La colonne autrichienne de Jellachich, qui la première entra dans Munich , qui donna lesignal des massacres dans le Tyrol, environnée à San-Michele, est tombée sous vos baïonnettes :vous avez fait une prompte justice de ces débris dérobés à la colère de la grande armée.
» Soldats! cette armée autrichienne, qui un instant souilla par sa présence nos provinces,battue, dispersée, anéantie, grâce à vous, sera un eiemple de la vérité de cette devise : Dio mela diede, guai a chi la tocca!
» Dieu me l’a donnée, malheur à qui la touche! »
L’armée d’Italie devint aussitôt l’aile droite delà grande armée, et reçutl’ordre de continuer à poursuivre l’ennemi en Hongrie , et de faire les plusgrands efforts pour empêcher la réunion des 8 e et 9 e corps autrichiens sous lesordres de l’archiduc Jean, avec l’armée principale, à laquelle Napoléon venaitd’avoir affaire à Essling et qui était commandée par l’archiduc Charles.
Le 12 juin toute l’armée se porta en avant dans la direction de Papa, et celleville fut occupée après un vif engagement.