298 HISTOIRE DE L’ARMEE
l’intimida pas davantage. Le maréchal Suchet , résolu d’en finir à tout prix,fit donner l’assaut le jour même. Le général Habert, à la tête d’une colonned'attaque, escalada la brèche et s’en empara ; nos troupes étaient maîtressesde la ville. Alors commença une épouvantable boucherie; tout ce qui tombasous la main du vainqueur fut impitoyablement massacré; femmes, enfants,
- vieillards, rien ne fut épargné. Les soldats français , exaspérés par la longueurdu siège et par divers actes de miaulé exercés sur leurs camarades par les Es-pagnols , poussèrent la fureur des représailles jusqu’à la dernière limite.
Les résultats du siège furent la prise de 20 drapeaux, 384 bouches à feu etd’un grand nombre de munitions. Après la prise de Tarragone , le généralSuchet reçut, ainsi que nous l’avons dit, le bâton de maréchal de France. Laprise de cette ville eut une grande influence sur l’entière soumission de laprovince; elle frappa de consternation les Espagnols , et permit à l’arméed’Aragon d’opérer sur le royaume de Valence.
Pendant que le maréchal Suchet faisait le siège de Tarragone , le maréchalMacdonald était venu s’établir àReuss, au centre même de la Catalogne ; ilsoutint contre le général Campo-Verde plusieurs combats très-vifs qui nefurent pas toujours heureux. Au combat de Vais, notamment, il perdit beau-coup de monde, par l’imprudente témérité du général italien Eugène ; aucombat du col d’Avi, une partie de la colonne du général liarispe fut détruite ;enfin, la place de Figuières fut livrée par trahison, et il fallut un long siègepour la reprendre. Dans ces divers combats, le général espagnol Campo-Verde avait de son côté perdu une partie de son armée, il fut obligé de s’em-barquer pour se rendre à Cadix .
La junte suprême, malgré ses échecs successifs, ne désespéra pas encore dusalut de la patrie; elle envoya le général Blacke dans le royaume de Valenceavec des pouvoirs illimités. Il fit des levées en masse , recruta des guérillas,et forma des légions franches; il réunit des forces considérables autour de laville de Valence; enfin il employa tous les moyens propres à exciter l’enthou-siasme des habitants de cette province.
Le maréchal Suchet , en apprenant ces événements, résolut de se porterpromptement sur ce nouveau théâtre de la guerre; il commença le siège deSagonte, une des places les plus fortes de l’Espagne , livra deux assauts inu-tiles, et ne s’empara de la ville qu’après avoir détruit sous ses murs, dans unebataille décisive, les troupes sous les ordres du général Blacke. La prise deValence suivit de près celle de Sagonte . Cette place importante, foyer princi-pal de l’insurrection, était pour les Espagnols un point d’appui nécessaireentre le nord et le midi, et le dépôt central des munitions de guerre que lesAnglais faisaient pénétrer dans la péninsule. Aussi la nouvelle de la prise deSagonte produisit-elle en France et en Espagne une vive sensation. Elle ter-mina victorieusement la guerre dans cette partie de l’Espagne .
Guérillas. — C’est dans la Nouvelle-Castille que se formèrent les premièresguérillas. On trouvera difficilement dans l’histoire une guerre, si ce n’estcelle de la Vendée , où les peuples aient eu plus de sacrifices à faire pour la