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HISTOIRE DE L’ARMEE
Le point le plus favorable au passage fut jugé par l’Empereur être celui quifaisait face au village Wesclowo. L’ordre de construire deux ponts fut aussitôtdonné, l’un pour l’artillerie et la cavalerie, l’autre pour l’infanterie et les che-vaux de main. Les sapeurs et les pontonniers s’acquittèrent de ces difficilestravaux avec un zèle et une ardeur que la présence de l’Empereur pouvaitseuleexciter, car la pose des chevalets sur un fond sans consistance les retint plu-sieurs heures dans l’eau glacée, charriant des blocs énormes qui renversaientleurs charpentes. Pendant ce temps, une batterie de 25 pièces, placée sur laberge, battait la plaine qui, du village de Wesclowo, s’étendait jusqu’à la ri-vière. Vers le soir, les ponts, qui avaient quatre-vingts toises de long, étantachevés, le passage commença. Mais il fut plusieurs fois interrompu, pendantla nuit, par la rupture de ces édifices fragilement construits au milieu de dif-ficultés si grandes. L’Empereur avait fait défiler sous ses yeux le corps du ducde Reggio , qui, à peine parvenu sur la rive droite, s’élança avec beaucoupd’ardeur sur l’ennemi, et le repoussa jusqu’à Brilowa. Le passage continua lelendemain 27 novembre, non sans de fréquentes interruptions causées par lescontinuelles réparations qu’exigeaient ces ponts si péniblement établis par lesgénéraux Aubry et Eblé . Le duc de Bellune, qui avait laissé devant Borisowla division Partouneaux, arriva avec son corps pour effectuer le passage. Lanuit venue, le général Partouneaux se mit en route à son tour, ainsi qu’il luiavait été ordonné ; mais un faux calcul de direction lui fut fatal. Appuyanttrop à droite, il prit les feux de Platow et de Wittgenstein pour ceux de l’ar-mée française, de sorte qu’il se trouva brusquement enveloppé par un nom-breux ennemi, et obligé de mettre bas les armes. Un seul bataillon de cettepetite division, formée d’environ 4,000 hommes, munis de trois canons, ba-taillon qui formait l’arrière-garde, ayant par hasard tenu plus à gauche, putrejoindre l’armée et se mêler au passage, qui continua durant toute la nuitdu 27 au 28. Jusque-là ce passage s’était effectué avec assez d’ordre; maiscelui des deux ponts spécialement destiné à la cavalerie et aux trains s’étantbrisé sans qu’il fût possible de le réparer avec une promptitude suffisante, tqutafflua sur l’unique pont qui restait, et il en naquit bientôt une confusion in-imaginable. L’artillerie, les fourgons, les bagages arrivant à la file pourfranchir la rivière, se mêlèrent violemment à l’infanterie, à cette foule de mal-heureux employés, de femmes et d’enfants qui s’étaient sauvés de Moscou , detelle sorte que de ce pont étroit, sans parapets, qui devint bientôt l’arène demainte lutte, une quantité de gens furent précipités dans l’eau glacée de laBérésina. L’ardeur du passage, l’instinct souvent féroce de la conservationengendrèrent tant de rixes armées, sanglantes, que bientôt les pièces d’artil-lerie furent arrêtées par les amas de blessés et de morts qui barricadaientl’espace, et la foule des piétons, comme l’essaim des cavaliers, arrivant tou-jours en même temps que les fourgons, les affûts, les équipages, ce fut bien-tôt un inextricable chaos de voitures versées, de blessés, de morts amoncelés,scène d’horreur d’où le sang ruisselait dans l’eau, où s’entre-choquaient lesglaçons couverts des cadavres précipités des hommes et des chevaux. Mille cris