120 HISTOIRE DE L’ARMÉE
nouvelles signalèrent le retour de labelle expédition des Portes de fer, et don-nèrent au duc d’Orléans de nouvelles occasions de faire admirer sa bravoure,chargeant partout connue un simple brigadier et sans souci des marques dis-tinctives qui appelaient sur sa personne l’attention des tirailleurs ennemis.
Le moment venu de quitter la division, le prince le fit par les parolessuivantes, adressées aux officiers de tous grades : « Messieurs, au momentd’une séparation que je vois arriver avec regret, je suis heureux de pouvoirvous remercier du concours que vous m’avez prêté et du dévouement quevous avez apporté à la belle entreprise que l’habileté consommée du chefillustre qui nous commande , nous a permis d’accomplir avec un si éclatantsuccès. L’honneur d’avoir marché à votre tète dans cette circonstance mémo-rable sera toujours un des plus beaux souvenirs de ma vie. Votre campagneest finie ; aujourd’hui, messieurs, ma tâche, à moi, va commencer : c’estde faire connaître les titres que vous acquérez chaque jour à la reconnaissancede la patrie et aux récompenses du roi, dans ce pays difficile, où tout s’use ,excepté le cœur des hommes énergiques comme vous. En cessant d’être votrechef et le compagnon de vos travaux, je resterai l’ardent défenseur de vosdroits : la cause est bonne , puissé-je la gagner ! Je dirai toutes les grandeschoses que l’armée a faites en Afrique , toutes les épreuves qu’elle subit avecun dévouement d’autant plus admirable, qu’il est souvent ignoré , et quel-quefois méconnu. Dans les pays que nous avons traversés ensemble, je neme suis pas cru absent de la France , car la patrie est pour moi partout où ily a un camp français ; je ne me suis pas cru éloigné de ma famille, car j’enai trouvé une au milieu de vous et parmi les soldats dont j’ai admiré la per-sévérance dans les fatigues, la résignation dans les souffrances, le couragedans le combat. La plupart d’entre vous ont déjà presque entièrement payédans ce pays la dette que leur a imposée le service de la patrie ; et si de nou-velles circonstances me rappelaient en Afrique , je n’y trouverais que de nou-veaux régiments auxquels vous avez montré l’exemple ; mais partout oii leservice de la France vous appellera, vous me verrez accourir au milieu devous ; et là où sera votre drapeau, là sera toujours ma pensée. »
Nous nous sommes plu à transcrire ces touchantes et sympathiques parolesau souvenir du prince si éminemment français qui est si déplorablcmentmort loin du combat, et pour lequel il n’y a plus de flatteries !
Vers la fin du mois de janvier 1840, le maréchal Vallée arrêta ses projetspour la campagne imminente. Le plan consistait à employer l’armée à ladestruction des Hadjoutes, à l’occupation de Médéali et de Milianah, peut-être aussi à marcher sur Maskara; les opérations sur Tlemcen devaient êtreajournées au printemps suivant.
L’opinion du ministère était qu’il fallait faire à Abd-el-Kader une guerrepatiente et opiniâtre, et qu’il était désormais impossible de conclure de traitéavec lui. 11 devait suffire de l’atteindre sur les divers points de ses établisse-ments, saccager ceux-ci, et se retirer sans prétendre à une occupation partrop multipliée. 11 suffisait que nos troupes et notre autorité occupassent les