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HISTOIRE DE L’ARMÉE
accusée de donner à scs prises d’armes, à ses manifestations, une arrière-pen-sée politique qui déplaisait aux ministères, lesquels oubliaient parfois qu’onne traite point comme des soldats assermentés des citoyens indépendants. Lagarde nationale n’est, après tout, (pie l’opinion publique armée. Elle prête ouretire son concours au gouvernement, suivant ses convictions... ou ses inté-rêts. Ce jour-là, son intervention pouvait décider de l’issue de la crise dont il fal-lait bien finir enfin par reconnaître le danger. Mais cette fois, elle sembledécidée à se placer entre les adversaires, comme médiatrice. Elle arrêtera, ellecomprimera l’insurrection : mais le roi renverra ses ministres, et la réformeélectorale sera accordée... Ses aspirations politiques ne vont pas au-delà.
C’est donc aux cris de •.•Vive le réforme! à bas le ministère! que presquetoutes les compagnies s’assemblent. C’est surtout là le cri de la 10 e légion.
Cette légion met l’ambargo sur des fourgons d’artillerie qu’elle rencontreplace Bourbon. Elle ne veut pas que les troupes reçoivent de munitions, pasplus que le peuple. Elle veut que partout les adversaires engagés mettentbas les armes devant son intervention pacifique.
Un bataillon de la2 e légion veutfaire entendre au roi, qui, dit-on, les ignore,les vœux des masses. M. Léon de Laborde , le fils d’un glorieux général de Wa-grain, est à sa tête. Mais les grilles des Tuileries sont closes. Le bataillon déçudoit revenir sur ses pas. Parvenu au boulevart, il empêche un escadron decuirassiers de charger le peuple.
Dans la rue Montmartre, un fort détachement de la 3 e légion marche encriant : A bas les ministres ! vive la réforme! Devant l’église des Petits-Pères,les gardes nationaux voient des gardes municipaux aux prises avec la foule ;ils se placent entre les soldats et le peuple, et empêchent le sang de couler.De nombreux détachements de cette force médiatrice parcourent ainsi lesquais, les boulevarts, les grandes artères, et pas un acte d’hostilité n’a lieusur leur passage. Les troupes régulières ne répondent point à leurs cris poli-tiques; mais, en les voyant, elles se disent : Haut les armes !
On ne tarde point pourtant à connaître, aux Tuileries, la nature de cettemédiation pacifique, et sous les réserves de quelles exigences elle est prêtée.Les cris qui formulent ces exigences ont enfui pu être entendus du roi. Louis-Philippe déclare alors qu’il comprend avoir pu être trompé sur les désirs dupays. Une députation delà 3 e légion arrive au général Jaequeminot : elle luiremet une pétition qui demande le renvoi du ministère. Leroi en est instruit.La duchesse d’Orléans présente, le supplie de ne pas compromettre l’héri-tage de son fils. Le roi interroge les officiers de sa maison, et toutes les per-sonnes de son entourage qui arrivent du dehors, puis il se recueille.
Le palais Bourbon est occupé par des forces imposantes. Les dragons, lescuirassiers, les gardes municipaux, en plus grand nombre ces jours-làqu’on ne les eût soupçonnés d’être, la troupe de ligne enfin, sont échelonnésdepuis la rue Royale jusqu’à celle de Bourgogne . Les députés eux-mêmes nepassentqu’en exhibant leurs médailles : cette sorte de permanence, dont nousavons parlé déjà, existe de fait, sinon d’intention ; la séance avait été fixée la