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HISTOIRE DE L’ARMÉE
Après avoir, comme nous l’avons dit, désarmé la garde de Dhôtel desPostes, les combattants partis du journal la Réforme arrivèrent sur cette place,qui formait un des importants avant-postes de la défense des Tuileries . 11 yavait là des noms connus dans le parti républicain : Étienne Arago , Banne,Lagrange, Fargin-Fayollc, Cliancel, etc. Ces citoyens cherchèrent à persuaderde se rendre le capitaine qui commandait le poste du Château-d’Eau. Celui-cidéclara qu’il ne remettrait le poste que sur l’ordre de ses chefs. Mais la fouleaugmentait, et on put juger que bientôt la partie allait s’engager résolue etsanglante. On dit qu’un général qui survint, donna ordre aux soldats de lais-ser le poste. Mais le peuple exigea les armes, et le brave capitaine qui com-mandait ce poste refusa de consentir à cette humiliation ; il ne voulutpartir qu’avec les honneurs delà guerre. La foule s’échautfa. Désarmons-tes'.criait-on de toutes parts. Des gardes nationaux cherchèrent vainement à seglisser entre les soldats et le peuple : eux-mêmes furent en partie désarmés.Tout à coup on entend éclater une fusillade devant le poste opposé, c’est-à-direà la façade du Palais-Royal. C’étaient les soldats qui, voyant le peuple forcerla grille du palais, se retiraient en déchargeant leurs armes. Les soldats duChâteau-d’Eau en firent autant, croyant peut-être répondre à une attaque. Laplace fut un moment balayée ; mais des combattants irrités se tenaient à l’abrid’une barricade élevée à l’angle de la rue de Valois. D’autres vinrent auxcoins des rues, et firent un feu nourri sur le poste. Les soldats répondirent,et bientôt ce fut un combat acharné entre le poste du Château-d’Eau et la bar-ricade de la rue de Valois. On tirait comme on pouvait, le plus souvent auhasard, ainsi que l’attestent les nombreuses empreintes de balles restées jus-qu’au haut des maisons voisines. Une épaisse atmosphère de famée ne tardalias à se condenser dans l’espace qu’enserre la place, et ce ne fut plus qu’auxcris de douleur des victimes qu’on put comprendre qu’on se touchait. On ti-rait de plus près sur le poste, des rues Saint-Tiiomas-du-Louvre et du Musée.Une nouvelle barricade, élevée à la hâte au coin de la rue Saint-Honoré, riva-lisait avec celle de la rue de Valois, et bientôt, par l’arrivée de nouveaux com-battants, débouchant du Louvre par la rue de Chartres, le Château-d’Eau setrouva entouré d’une ardente ceinture d’assaillants, auxquels s’étaient jointsune centaine de gardes nationaux des 3 e et 5* légions, qui avaient aidé les in-surgés à prendre le poste de la Banque. Enfin, le peuple ayant pu faire irruptiondans une partie des appartements du Palais-Royal , des fenêtres donnant surla place le combat se développa avec une incroyable ardeur.
Mais à quoi servait tout ce sang répandu? Le peuple voulait assiéger lesTuileries; qu’importait le Château-d’Eau? Que de braves soldats, que decitoyens intrépides sont tombés là, dont la vie pouvait être épargnée, puisqu’ilest à peu près constant aujourd’hui que la royauté ne se défendait pas... ouqu’on ne la défendait pas...
Les soldats firent plusieurs tentatives de sortie, comme le peuple fit diversestentatives d’assauts. C’est ainsi que l’on perdit de part et d’autre bien dumonde. Les soldats rentrés, on vit des assaillants exaspérés, se glisser dans la