3GG HISTOIRE DE L’ARMÉE
sait pas, et cette faiblesse a pour correctif GO,000 hommes de troupes à Paris et dans les environs. Nous n’attendrons plus que la circonstance; elle ne sefera pas attendre longtemps. »
Certes, on doit hésiter à croire que la soif du pouvoir ait pu pousser demauvais citoyens à provoquer une lutte fratricide. Qu’un ou deux membresdu gouvernement ait eu, en secret, cette pensée de sang ennoblie, même, s’ilest possible, par le fanatisme du bien public devant résulter d’une nouvellevictoire sur les factions ardentes, cela n’est pas impossible! Mais donner àtout un conseil d’hommes honorables une préméditation pareille, c’est unepensée révoltante, et nous ne voudrions pas formuler une semblable accusa-tion. Aussi, aux pages précédentes (pii accusent, ajouterons-nous les sui-vantes qui expliquent, en attendant celles qui défendent.
« La physionomie de la République , depuis quelques jours, m’afflige, —« disait M. de Lamartine à ses collègues.—Je ne veux pas assumer sur mon« nom la responsabilité d’une situation de faiblesse, et de désarmement de« la société qui pourrait dégénérer en anarchie. Je demande deux choses :« des lois de sécurité publique sur les attroupements, sur les clubs, sur les« abus du criage des journaux anarchiques, sur la faculté d’éloigner de Pâ-te ris dans leurs communes les agitateurs convaincus de troubles publics, et« enfin un camp de 20,00Ü hommes sous les murs de Paris , pour prêter« main-forte à l’armée de Paris et à la garde nationale dans la campagne cer-tc laine, imminente, que nous aurons iné\itablement à faire contre les ate-« liers nationaux et contre des factions plus coupables qui peuvent surgir et« s’emparer de cette armée de toutes les séditions. A aucun prix je ne res-et terai au gouvernement. »
« Les collègues de M. de Lamartine partageaient cet avis. M. Marie, assidu, etinfatigable autant qu’énergique, se chargea de rédiger le projet de décret. Legénéral Cavaignac reput l’invitation de combiner le mouvement de scs troupesde façon à pouvoir faire refluer sur Paris , au premier ordre, les divisionsauxiliaires de l’armée des Alpes. Ce général et M. de Lamartine avaient defréquents entretiens sur la nature des mesures militaires à prendre pour pré-venir ou surmonter les périls croissants de la République . Peu de jours sepassaient sans que ce dernier, à l’issue du conseil, ne s’informât du nombreprécis et de la marche des troupes qui, d’après les ordres du gouvernement,occupaient les casernes ou les cantonnements autour de Paris , du nombred’heures nécessaires pour que l’armée fût debout et réunie aux postes con-venus ; enfin, du système de défense que le général se proposait d’adopter encas de lutte dans la capitale. Instruit, par la chute de tous les gouvernementsprécédents qui avaient péri pour avoir disséminé leurs bataillons sur tousles points de Paris , et pour avoir lutté avec des tronçons d’armée contre desniasses, M. de Lamartine était convaincu qu’une lutte dans une capitale de1,500,000 âmes devait être une bataille conforme à toute la théorie des ba-tailles en rase campagne, seulement sur un terrain plus accidenté. 11 pensaitdonc (pie l’armée devait avoir une buse d’opérations, un centre fixe, et des