Band 
Tome vingt-unieme.
Seite
120
JPEG-Download
 

1 2 0

Mademoiselle.

n’a pas cette puissance : ceux qui l’ont font pluschéris quand ils n’en font pas d’ufage. Le citoyen quin’offenfe point les lois de l’équité doit-il être punisi sévèrement par celui qui représente l’Etat? N’ya-t-il pas une très-grande différence entre déplaire àson souverain , & trahir son souverain ? Un roi doit-iltraiter un homme plus durement que la loi ne letraiterait?

Ceux qui ont écrit (oo) que madame de Montejpan,après avoir empêché le mariage , irritée contre lecomte de Laiuun , qui éclatait en reproches violens,exigea de Louis XIV cette vengeance , ont fait bienplus de tort à ce monarque. II y aurait eu à la foisde la tyrannie & de la pusillanimité à sacrifier à lacolère d’une femme un brave homme , un favori ,qui, privé par lui de la plus grande fortune, n’auraitfait d’autre faute que des’être trop plaint de madamede Montejpan, Qu’on pardonne ces réflexions, lesdroits de l’humanité les arrachent. Mais en mêmetemps l’équité veut que Louis XIV n’ayant fait danstout son règne aucune action de cette nature, on nel’accufe pas d une injustice si cruelle. C’est bien assezqu’il ait puni avec tant de sévérité un mariage clan-destin , une liaison innocente , qu’il eût mieux faitd'ignorer. Retirer sa faveur était très-juste ; la prisonétait trop dure.

Ceux qui ont douté de ce mariage secret n’ont

(oo) L’origine de cette imputation, qu’on trouve dans tant d’histo*riens, vient du Scgraifiana. C’est un recueil posthume de quelques conver-sations de Ségrais , preíque toutes falsifiées. II est plein de contradiâions ;8c l’on fait qu'aucun de ces ana ne mérite de croyance.