M ME DE Maintenon. 151
l'humeur brusque du marquis de Louvois inspiraitquelquefois à son maître, (c)
( e I Qui croirait que dans les mémoires de madame de Maintenon ,tom, III, pag. 273 , il est dit que ce ministre craignait que le roi neì’empoisonnât. II est bien étrange qu'on debite à Paris des horreurs fiinsensées, à la fuite de tant de contes ridicules.
Cette sottise atroce est sondée sur un bruit populaire qui courut à lamort du marquis de Louvois. Ce ministre prenait des eaux que Séron sonmédecin lui avait ordonnées , 8c que la Ligerie son chirurgien lui sciaitboire. C’est ce me me la Ligerie qui a donné au public le remède qu'onnomme aujourd’hui la poudre des chartreux . Ce U Ligerie m‘a souvent ditqu’il avait averti M. de Louvois qu'il risquait sa vie s’il travaillait en prenantdes eaux. Le ministre continua son travail : il mourut presque subitementle 16 juillet 1691,8c non pas en 1692, comme le dit l’autcur des fauxmémoires. La Ligerie l’ouvrit, 8: ne trouva d’autre cause de sa mort quecelle qu’il avait prédite. On s’avifa de soupçonner le médecin Séron d’avoirempoisonné une bouteille de ces eaux. Nous avons vu combien ces funestessoupçons etaient alors communs. On prétendit qu’uu prince voisin, queLouvois avait extrêmement irrité 8c maltraité, avait gagne le médecin Séron*On trouve une partie de ces anecdotes dans les mémoires du marquis de laLare , pag. 249. La famille merae de Louvois sit mettre en prison unsavoyard qui frottait dans la maison ; mais ce pauvre homme très-innoccntfut bientôt relâché. Or si l’on soupçonna , quoique tres mal-á-propos , unprince ennemi de la France d’avoir voulu attenter à la vie d’un ministrede Louis XIV , ce n’ètait pas certainement une raison pour cn soupçonnerLouis XIV lui-même.
Le même auteur, qui dans les mémoires de Maintenon a rassemblé tantele faussetés , prétend , au même endroit, que le roi dit qu 'il avaitété défait la même année de trois hommes qu'il ne pouvait souffrir , le maréchalde la Feuillade , le marquis de Seignelai è* le marquis de Louvois. Premiè-rement , monsieur de Seignelai ne mourut point la même année 1691 ,mais cn 1G90. En second lieu , à qui Jj)uis XIV ^ qui s’cxprimaittoujours avec circonspection 8c en honnête homme , a-t-il dit des parolessi imprudentes k si odieuses ? à qui a-t-il développé une ame si ingrate 8csi dure? à qui a-t-il pu dire qu’il était bien aise d’être défait de troishommes qui Pavaient servi avec le plus grand zèle ? Est-il permis de calom-nier ainsi , fans la plus légère preuve, fans la moindre vraisemblance, lamémoire d’un roi connu pour avoir toujours parlé sagement ? Toutlecteur sensé ne voit qu’avec indignation ce$ recueils d'impostures, dont lepublic est surchargé ; 8c Fauteur des mémoires de Maintenon mériterait d’êtrechâtié, si le mépris dout il abuse ne le sauvait de la punition.
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