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PROPHETIES. 333
La secte subsista en paraissant écrasée. Elle espéraen vain dans la guerre de 168 g que le roi Guillaume ,ayant détrôné son beau-père catholique, soutiendrait
foule dc petites injustices , à se jeter entre les bras des factieux , tandisqu'il n’aurait fallu qu’exécuter fìdellemcnt ledit de Nantes, pour ôter àces factieux l’appui des reformés. Cet édit de Nantes à la vérité ressem-blait plus à une convention entre deux partis qu’á une loi donnee parun prince à ses sujets. Une tolérance absolue aurait été plus utile à laTnation, plus juste , plus propre à conserver la paix qu’une tolérancelimitée : mais Henri IV n’ofa l'accorder , pour ne pas déplaire auxcatholiques ; 8c les protestans ne comptaient point assez fur son autorité ,pour fe contenter d une loi de tolérance, quclqu'étendue qu elle pût être.
II eût été facile à Richelieu , 8c plus encore à Louis XIV, de réparer cedésordre en étendant la tolérance accordée par l’édit, 8c en détruisanttout le reste. Mais Richelieu avait eu le malheur de faire quelques mau-vais ouvrages de théologie , 8c les protestans les avaient réfutés.Louis XI V , élevé , gouverné par des prêtres dans fa jeunesse, entouréde femmes qui joignaient les faiblesses de la dévotion aux faiblessesde 1*amour , Sc dc ministres qui croyaient avoir besoin de se couvrirdu manteau de Thypocnsie , ne put jamais soulever un coin dubandeauque la superstition avait jeté sur ses yeux. II croyait que l'on n’étaithuguenot de bonne soi que faute d’être instruit, 8c la bassesse de sescourtisans qui, en vendant leur conscience, lésaient semblant de scconvertir par conviction , raffermissait dans cette idée.
Ses ministres semblaient choisir les moyens les plus sûrs pour forcerles protestans à la révolte : on joignait l’insulte à la violence , on outra-geait les femmes, on enlevait les ensans â leurs pères. On semblait scplaire à les irriter , à les plonger dans le désespoir par des lois souventopposées, mais toujours oppressives , qu’on fêlait succéder de mois enmois. II n'est donc pas étonnant qu'il y ait eu parmi les protestans desfanatiques , 8c que ce fanatisme ait à la fin produit des révoltes. Elleséclatèrent dans les Cévènes , pays alors impraticable , habité par unpeuple à demi sauvage, qui n'avait jamais été subjugué ni par les loisni par les mœurs; livré à un intendant violent par caractère , inacces-sible à tout sentiment d’humanite , mêlant le mépris 8c l’insulte à lacruauté , dont l’arae trouvait un plaisir barbare dans les supplices longs8c recherchés , 8c qui instrument ambitieux 8c servile du despotisme 8cde la superstition de son maître, voulait mériter par des meurtres 8c parl'oppression d'une province l’honneur d’opprimer en chef la nation.
Quel fut le fruit des persécutions de Louis XIV ? Une foule de ses,meilleurs sujets emportant dans les pays étrangers leurs richesses Sc leuiindustrie ; les armées de ses ennemis, grosses par des régimens français,