433
particuliers, rien n’est plus juste ; la vertu doit être honorée etrespectée: mais si cette influence devient collective, si elle élevele corps qui la possédé au niveau des autres corps constitués del’Etat, si elle lui donne une puissance que l’Etat n’a pas créé, jesoutiens une seconde fois qu’il ne faut pas le souffrir ; car s’il avaitplus tle force que tout le peuple même, pour défendre legouvernement, qu’on m’explique coin.lient celui ci aurait l'im-prudence de le tolérer! N’est-il pas évident qu’il pourrait lerenverser comme il pourrait le soutenir 1 Veut-on examiner lagarantie qu’il offre aux droits du peuple 1 Pour quelle soit plusefficace, il a donc des moyens que les autres citoyens n’ont pas 1S’il a ces moyens, sous quelque nom qu’on les désigne, iis brisentl’égalité commune, ils sont de funestes prérogatives ; ils sont,enfin, contraires à l’institution même qui promet de défendre laliberté et l’égalité.
On parle de créer des institutions : j’y consens, tant qu’ellesne seront ni des pouvoirs, ni des privilèges. Dans la théoriequ’on vous a présentée, on confond les gouvernemens représenta-tifs avec les gouvernemens monarchiques. Il est indispensabledans la monarchie de balancer par des corps intermédiaires,l’énorme prépondérance de la royauté : dans les républiques, ilssont une source intarissable de discussions, parce qu’ils dé-truisent l’égalité de tous les citoyens ; dans les monarchies où, lepouvoir souverain est un, la sauve-garde des peuples est dans lamultiplicité des obstacles qui temperent l’ardeur des volontés dumaître: clans les gouvernemens représentatifs, le pouvoir souve-rain est divisé ; le peuple n’est subordonné qu’à ses magistrats,et il ne connaît de magistrats que ceux que la constitution avoue.
Je suis dispensé de raisonner dans l hypotliese que la légiond’honneur n’est point un corps intermédiaire, puisqu’on l’a mon-trée sous ce point de vue, et qu’on l’a décorée d’une triple in-fluence morale, politique et militaire : j’ai donc prouvé en nel'envisageant même que sous les aspects des auteurs du projet,qu'elle est incompatible avec un gouvernement représentatif.
Maintenant, j’examinerai ce qu’est véritablement cette légion;j’établirai qu’en la plaçant parmi vous, vous acceptez uu p itriciatdont la continuelle tendance sera de vous rendre une nobl ssehéréditaire et militaire : que le mélange dans ce corps, desautorités militaires et civiles, ne fait qu’ajouter aux vices de sacomposition et aux difficultés de l’accueillir.
De toutes les causes qui ont produit la révolution Française , laplus remarquable en influence et en énergie, c’est celle de ladivision qui régnait entre les différais ordres de l’état. L’ordrequi était le dernier par son rang était devenu, dans le cours dedeux siècles d’un commerce actif et d’une industrie florissante, lepremier par la richesse et les lumières. La noblesse luttaitcependant encore avec avantage contre lui, en lui opposant sesprivilèges, et la possession où elle était de presque toutes lesgrandes places. Les hommes éclairés des deux ordres n’ap-prouvaieut point ce partage inégal des pouvoirs publics entre les