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ieurs ^terriers les plus illustres ; le modeste Washington lui-mêmeentra dans l'association ; cet ordre qui s’était institué sansrecourir à l’autorité supérieure, ne recevait que des officiers,consacrait l’hérédité des titres, adoptait une marque distinctive etcréait réellement une noblesse ; il la créait chez un peuple quiii’en connaissait d’aucun genre; cependant un mélange d’admi-ration, de respect e,t de reconnaissance pour ses défenseurs,étouffa les plaintes. Jïnfin divers états s’élevèrent contre l’ordreet prirent des résolutions rigoureuses; l’ordre alors se hâta demodifier ses statuts, renonça formellement à l’hérédité, se voua, àl’obscurité et au silence, et ne reparaît plus en public qu’à la fêteannuelle de la commémoration de la liberté.
Si un peuple simple, mais fier, qui n’a jamais eu la superstitiondes autres, pour des distinctions qui l’humilieraient dans ses droitsa secoué si difficilement le joug que voulaient lui imposer seslibérateurs, que n’avez-vous pas à craindre d’un autre peuple, quihabitué de longue main à l’inégalité des rangs, les verrait re-paraître sans surprise ? ia noblesse n’existe nullement dans lestitres qu’elle s’est forgée ; elle vit toute entière dans l’opinion deceux qui veulent y croire, d’où je conclus qu’il est assez indiffé-rent que la légion d’honneur ne promette pas des distinctionshéréditaires, si l’on remarque dans les esprits une tendance géné-rale à les admettre.
Cette légion reproduira donc évidemment des préjugés maléteints, et ces préjugés l’aideront puissamment à fortifier son in-fluence militaire ; son amalgame avec des hommes civils 11esaurait y apporter aucun changement,^.pes derniers y seront àpeine en raison d’un sixième ; mais le vice le plus réel qui naît deleur réunion, c’est de rétablir absolument les idées des peuplesbarbares qui faisaient sortir du pouvoir militaire tous les autrespouvoirs. Ainsi c’était un principe fondamental de la féodalitéque ceux qui étaient sous la puissance militaire de quelqu’un,étaient aussi sous sa juridiction civile : c’était mi principe fonda-mental que les dignités qui donnaient les bénéfices, donnaient lecommandement militaire, et qu’au droit de mener à la guerreétait attaché le droit de rendre la justice; il était simple quedans cet ordre de choses, le pouvoir civil, complètement subor-donné, ne connût que des dénominations militaires, que desrécompenses militaires. Quelques faibles traces s’en étaientconservées sous l’ancien régime, puisque les titres d’écuyer, dechevalier, se retrouvaient encore dans la magistrature; mais c’estblesser aujourd’hui sans ménagement les principes d’un gouverne-ment libre, que d’imaginer, à titre de récompense, de conférerdes grades militaires aux magistrats, comme on a coutume delaire à la Porte-Ottomaue et eu Russie ; que de déplacer ainsiles pouvoirs non pas pour les confondre, non pas pour les mettresur la même ligne, mais pour marquer en traits ineffaçables l’in-fériorité du pouvoir- civil, qui sans contestation, dans un payslibre, n est rien s’il n’est pas le premier de tous : je 11’accuseraipas la loi d’avoir eu ce dessein, mais je l’accuse de l’avoir effectué.