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lie de la nation, qui, aux prises avec tous les besoins, aurait suc-combé sous le poids de la misere ; on aurait été dans d’autrespays chercher une meilleure existence. Eu vain, me dirait-on,que si nos colonies ne leur avaient pas été ouvertes, le commerceet l’industrie auraient trouvé d’autres débouchés. Ce n’est qu’àl’aide du tems, qu’après des efforts multipliés, que les relationscommerciales s’établissent et se consolident ; et pendant que legénie actif du négociant prépare un nouvel écoulement aux pro-duits du sol et des manufactures de sou pays ; tout y dépérit, lapopulation est condamnée à l’indigence, et l’état à la pauvreté.C’est bien assez que Saint-Domingue manque aujourd’hui aucommerce Français , sans qu’il perde les ressources que lui offrentles autres colonies ; ressources qui contribueront puissamment àrétablir un jour la plus belle des Antilles . Ces considérations,peut-on dire, s’opposent à ce que l’on prononce l’affranchissementgénéral des noirs dans les colonies où il n’est pas détruit ; maisqui empêchait que cet affranchissement ne fût partiel et progressif?A cela il est aisé de répondre. D’une part une telle mesure en por-tant l’inquiétude dans tons les esprits, en faisant craindre auxEuropéens une arriere-pensée du gouvernement, aurait produit àleur égard le même effet que l’affranchissement-général, qui saitoù elle aurait pu les porter ? et quels efforts le gouvernement n’au-rait pas eu à faire pour les soumettre aux lois de la république ?Mais d’un autre côté, pense-t-on croire que la masse des Africainstie se serait pas empressée de jouir par anticipation d’une li-berté qui devait lui être donnée un jour ? Cet affranchissementpartiel n’aurait-il pas été le signal de l’insurrection générale etde la dévastation des colonies ? D’ailleurs, il ne suffit pas de don-ner la liberté aux hommes, il faut qu’ils soient capables d’en pro-fiter. Une loi ne leur communique pas par un effet magique lesdispositions nécessaires pour jouir de ce bienfait. C’est le tems,et le tems seul qui les y prépare.
Ah ! mes collègues si nous avons eu la douleur de voir dansnotre pays au sein des lumières et de la civilisation Européenne,des hommes qui ne pouvaient distinguer les droits que - la libertédonne, si ces hommes ont souvent confondu les excès de la li-cence, et les cruautés de la farouche tyrannie avec les nobles pré-rogatives de la liberté ; comment supposer que des hommes, dontla raison est encore dans les ténèbres de l’enfance, pussent, sansfranchir les limites de leurs droits et leurs devoirs passer brusque-ment de l’esclavage à la liberté avec cet esprit de conservation,sans lequel il n’est pas de société ; avec ces sentimens, fruits de1 exemple et de l’éducation, que nous prenons dans notre enfance,qui se développent graduellement avec nos facultés, et qui nousapproprient, si je puis m’exprimer ainsi, à la condition dans la-qütile nous devons vivre. Laissons donc au-tems seul le soin depréparer et d’opérer dans l’organisation coloniale ces changemensl P>e 1 humanité réclame, mais que la politique ne doit pas hâter
une maniéré violente ; qu’ils soient l’ouvrage des mœurs plutôt3 N