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l’indépendance du Portugal , et diverses cessions qui lui sont faitespar l’Espagne , ainsi que la reddition par l’Autriche - des Pays-Bas Espagnols pour servir de barrière à la Hollande .
On voit que la fin du regue de Louis XIV ne resemble gueressui commencement ; ce qui doit surtout nous frapper, c’est laruine de Dunkerque , nos historiens ont toujours craint de s’yarrêter, on n’osait pas s’appésantir sur cet article délicat, quifaisait la satyre amere de l’ancien Gouvernement ; c'était uneplaie bien honteuse. Nous pouvons aujourd’hui la souder sansaucune crainte.
En 1660, Louis XIV avait racheté cette ville de Charles II pourune somme de cinq millions de nos livres. Il avait dépensé enoutre plus de six millions pour faire de très-grands ouvrages auport et au fort de Dunkerque . En 1671, il y fit travailler trentemille ouvriers. Ou rasa plusieurs dunes ; on fit couper un bancde sable de plus de six cents toises, qui formait l’entrée de ceport. On creusa des canaux ; en éleva des digues ; on ouvritun large bassin ; on bâtit de belles casernes et un grand arsenal.Dunkerque qui n’était qu’une bicoque de pécheurs, était devenue ,une ville de quarante mille habitans.
C’est à de telles entreprises qu’on reconnaît Louis XIV , et qu’ontrouve tout simple que son siècle fait tant loué.
Mais en 1 7 13 un Anglais , Whig passionné, et qui n’est connuaujourd’hui que comme écrivain de morale, Richard Stcele, l’uudes auteurs du fameux spectateur, Richard Steele , disais-je, fitcirculer un pamphlet violent pour prouver qu’il fallait que Dun kerque fut démoli. Sur le bruit qu’a fait cette feuille, et sur le nomde son Auteur, on s’imaginerait que cet écrit doit renfermer de bonsraisonnemens, et sinon des choses solides, du moins des chose spé-cieuses. O11 serait bien trompé. J’ai voulu conuaitre un ouvragéque l’on cite avec tant d’éloges, et qui fit, dans le tems, une sensa-tion si vive en Angleterre. J’ai trouvé sa traduction dans l’ex-cellent dépôt des livres que j’avais fait établir rue du Regard, etqui forme aujourd’hui la bibliothèque du conseil d’état.
Il a pour Epigraphe Delenda est Carthago, il faut détruireCarthage .
Cette Carthage , c’est Dunkerque ; et le Caton qui s’appropriecette rude épigraphe, paraît d’abord embarrassé de la justifier;car il commence par ces mots :
“ O11 croit d’ordinaire, avec beaucoup de raison que c’est une“ grande impertinence à un particulier «le se mêler des affaires“ d’état.”
Ceci est assez singulier dans la bouche d’un député des com-munes de l’Angleterre. O11 est bien plus surpris encore de netrouver dans cette feuille que des assertions avec lesquelles ilserait très-facile aux Français de prouver, à leur tour, que c’estLondres qui est Carthage .
Loici à quelle occasion Richard Steele publia ce pamphlet.Par le traité de la suspension d'armes entre la Grande Bretagne