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et la France , conclu à Paris le 19 Août 1712, Louis XlV avaitConsenti à remettre aux troupes Anglaises la garde des villescitadelle et t'oils de Dunkerque, comme une marque de sa bonnefoi. On le flattait de lui donner, en équivalent, la ville de Tour-nay, ancien berceau de la monarchie Française , si i’on pouvait yfaire consentir les Grenouilles. C’était le nom que le secrétaired’état Bolingbreke donnait aux Hollandais,' dans sa correspon-dence avec le secrétaire d’ambassade Anglaise à Paris , MatthetvPrior ; cependant Louis XIV voyait avec peine qtie la ruine desécluses de Dunkerque allait causer celle des pays d’Alentonr;les amis et les ennemis devaient en souffrir également. Pourprévenir les tristes effets de ces destructions, qui allaient réduireà la nii-ere et au désespoir dix-huit à vingt mille familles, Tugge,député de Dunkerque , alla en Angleterre, en 1713; il fit à laReine Anne des rémonstrances qui avaient paru la toucher; c’estlà-dessus que Richard Steele crie à la trahison, il ne veut pas quela Reine se laisse aller à la pitié ; la pitié est un crimei Pour-quoi? 1. Parceque le commerce de la Grande Bretagne a souffert,selon lui, plus de dommage par les armateurs de Dunkerque quepar ceux de presque tous les autres ports de France , mis ensem-ble, soit sur l’océan, soit sur la Méditerannée (page 6 ) ; 2. Que,durant la derniere guerre, des flottes d’environ 30 voiles à la foisétaient sorties de Dunkerque et avaient enlevés des vaisseaux deguerre Anglais , aussi bien que des vaisseaux marchands ; 3. Quec’était le seul port que les Français eussent jusqu a Brest , danstoute la longueur du canal de Saint Georges, où ils pussent faireun armement considérable ; 4. Que ce port était situé d’une tellemaniéré, qu’on y pouvait toujours entretenir des postillons pouraller à la découverte et observer tous les vaisseaux faisant routevers la Tamise ou la Medway ; 5, Que la démolition de Dunker que étoit absolument nécessaire pour la sûreté, l’honneur et laliberté de la Grande Bretagne. 6 . Qu’après cette démolition, sile pouvoir de la France venait à se tourner contre les Anglais , ilserait plus éloigné de l’Angleterre d’une centaine de milles. Jevous prie, disait-il, à la fin de sa lettre, de marquer en gros carac-tères et de répéter sans cesse que la démolition de Dunkerque éloignera de nous le pouvoir de la France de quelques centainesde milles.
Tous les argumens contenus dans la lettre de Piichard Steele,portent sur ce seul fondement que l’Angleterre doit exiger qu’ondétruise ce qui lui fait ombrage. Si la France , à son tour, veutraisonner de même, il ne s’agit pour elle que d’être un momentla plus forte, et d’exiger également que l’Angleterre démolisseelle-même, à ses frais, ce qui fait ombrage à la France . Si ladestruction de Londres ou de Piymouth est absolument néces-saire pour la sûreté, pour l’honneur, et le commerce de la Franee,allons, point de pitié ! il faut renverser Londres et ruiner Ply-moutli ! Delenda est Carthugo. Et voilà donc la politique (lece graud moraliste, qui dans le Spectateur, donne de si bellesleçons de bienséance, et de justice! L’amour de la Patrie est