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HISTOIRE DE PARIS
périorité des armes romaines. Camulogène et une grande partie de ses troupespérirent dans ce combat.
À la nouvelle de cette défaite, ceux qui se trouvaient dans le camp gaulois vin-rent au secours de leurs frères ; mais ils ne purent soutenir le choc des légionsvictorieuses, et furent entraînés par la foule des fuyards. Tout ce qui ne puttrouver asile sur les hauteurs ou dans les bois fut tué. Ces hauteurs et cesbois devaient être ceux de Meudon . Après cette action, Labienus , qui n’avaitd’autre objet que de ramener son armée saine et sauve à Agedincum, où ilavait déposé ses bagages, marcha vers cette forteresse, après avoir réuni sestroupes.
Sans doute les Parisiens , dont le territoire fut le théâtre de cette expédition,contribuèrent selon leurs moyens à la défense commune ; mais leur forteresse,privée de ses ponts, ne fut ni attaquée ni défendue, comme le disent plusieurshistoriens modernes. César nous présente d’abord les Parisiens comme une na-tion dévouée à ses intérêts ; mais il est évident qu’elle céda à la crainte plutôtqu’à son inclination. Dans cette guerre, ainsi que dans celles qui suivirent, onvoit les Parisiens constamment unis à leurs confédérés , et armés contre l’en-nemi commun; on les voit, peu de temps après, fournir leur contingent detroupes à l’armée gauloise destinée à combattre celle que César commandait ausiège d’Alise.
Le contingent des Parisiens , en cette occasion, donne la mesure de leurforce. Les habitants du Poitou, ceux de la Touraine et du Soissonnais, réunisaux habitants du territoire parisien, ne fournissent ensemble que huit millehommes; tandis que quelques nations puissantes de la Gaule , quoique déjàépuisées, les Ædui, et surtout les Arverni, envoient chacune trente-cinq millecombattants. Le nombre d’hommes fournis en cette circonstance par la nationparisienne , ne dut pas s’élever à plus de deux mille : ainsi, sa puissance était àcelle des nations du premier rang comme deux est à trente-cinq. Depuis cetteépoque, et pendant quatre siècles, l’histoire se tait sur les Parisiens et leurLutèce. La géographie seule nous apprend que cette nation, placée sur les fron-tières de la Relgique et de la Celtique , fut rangée dans la Lyonnaise, lorsqueAuguste eut divisé la Gaule en provinces.
D’après toutes les notions historiques, il est évident que les Parisiens étaientun peuple faible et passif. Leur petite forteresse, placée dans une île de la Seine ,se composait, comme toutes les forteresses de la Gaule , d’un assemblage decabanes habitées seulement en temps de guerre. Les écrivains qui en ont donnéune idée différente ont admis et propagé une erreur où sont tombés aussi lesauteurs de l’ Histoire de Paris , les pères Félibien et Lobineau : ils disent queCésar augmenta le nombre des édifices de Paris , l’entoura de fortes murailles, etvoulut que cette place fût nommée la Cité de Jules César . Ces auteurs se sontappuyés sur un prétendu passage de Boëce , passage qui n’existe dans aucun desouvrages de ce philosophe, comme l’a prouvé M. Ronami (1). Il est des écrivainsqui ont osé dire aussi, il en est d’autres qui ont avec confiance répété que
(1) Mémoires de l’Académie des Inscriptions et lielles-I.ettres, t. XV, p. G73.