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sur sa position : les uns le placent à la porte Baudet, où commence la rue Saint-Antoine, les autres dans la Cité, devant le Palais-de-Justice.
Ce camp était situé près du palais des Thermes; d’après le récit d’AmmieuMarcellin, on voit que les communications du camp à ce palais s’exécutaient avecpromptitude. Zosime atteste positivement que le lieu où campaient les troupesétait voisin du palais. Je ne vois qu’un seul emplacement convenable à ce camp;les autres sont trop éloignés , car il aurait fallu traverser la Seine pour s’yrendre ; ils sont peu commodes, et on a la preuve que ces emplacements étaient,du temps des Romains, employés à des usages qui ne pouvaient convenir àun camp. Cet emplacement, presque contigu à l’enclos du palais des Thermes,est aujourd’hui occupé par quelques maisons des rues de Yaugirard et d’Enfer ,et par la partie orientale et le parterre du jardin du Luxembourg. Les diversesantiquités qui y furent découvertes viennent encore à l’appui de cette conjecture.D’abord je dirai que les mouvements du terrain n’ont produit aucun indicede tombeaux, aucune fondation d’édifice romain, rien de stable, mais beaucoupd’objets mobiles et convenables à des campements. Déjà, avant ces travaux, onavait déterré quelques objets trc^portatifs consacrés au culte. Sauvai nousapprend que, lorsqu’on jeta les fondements du palais du Luxembourg , sous larégence de Marie de Médicis , on découvrit une figurine en bronze de cinq à sixpouces de hauteur; elle représentait Mercure. M. de Caylus recueillit dans lasuite une petite idole d’Apollon en bronze, trouvée près de l’angle oriental dumême palais , du côté du jardin.
Dans les fouilles faites en 1801, on déterra quelques figurines de divinités,une petite idole de Mercure en bronze, une tête de Cybèle de même métal, etquelques instruments que l’on croit destinés aux sacrifices. Des objets qui appar-tiennent aux repas et aux aliments s’y montrèrent en abondance; plusieursustensiles propres à la cuisine et à la toilette, des ornements de ceinturon, desharnais de chevaux et un bout de fourreau d’épée. On y a recueilli plusieursmédailles; quelques-unes celtiques, d’autres consulaires, et une suite d’impé-riales, depuis Jules César jusqu’à Honorius . Quelques fragments de mosaïque yfurent aussi trouvés ; ils pourraient avoir appartenu à l’estrade ou tribunal construitau milieu du camp, du haut duquel le chef militaire prononçait ses sentences,ses harangues ou allocutions. Tous ces objets furent découverts dans la partie dujardin du Luxembourg située à l’est du parterre. Ajoutons qu’en 1811 et en 1817on a recueilli encore, en creusant le sol de ce même jardin , des fragments depoterie romaine, dont plusieurs étaient ornés de bas-reliefs. Tant d'antiquitésrelatives au culte, à la cuisine , aux vêtements et aux usages des soldats, réuniessur un même emplacement, annoncent que, pendant la période romaine, cetemplacement fut habité, et le fut par eux ; que ce lieu habité n’offrant aucunetrace d’édifice solide, la surface ne devait être couverte que de ces légèresconstructions propres aux camps, et nommées parles anciens tentoria, taberna-cula. Cette absence de constructions solides, la nature des antiquités décou-vertes, le voisinage du palais des césars et de la voie romaine, tout concourt àprouver que cet emplacement était celui du camp romain qu'il est, en outre,très-embarrassant de placer ailleurs.