SOUS LA PREMIÈRE RACE. 51
# fureur : Repousse cet enfant de tes bras , ou tu vas mourir avec lui ! s écria-t-il.
» c'est toi qui as formé le complot, et tu manques à ta parole! En môme temps il s en» saisit, lui enfonce son poignard dans le côté, et le lue comme il axait tue» l’aîné. La reine Chrothechilde fit ensevelir les corps de ces deux enfants ; leur» convoi funèbre fut célébré avec magnificence et beaucoup de chants. Us furent■» inhumés dans l’église Saint-Pierre et Saint-Paul (depuis Sainte-Geneviève).
» Quant au troisième enfant, nommé Chlodovalde , des hommes puissants (des» leudes) l’enlevèrent et le ravirent à la mort. U s’adonna à la religion , coupa» de ses mains sa longue chevelure, devint prêtre, et se distingua par de bonnes» œuvres (1). » Childebert et Chlothachaire se partagèrent, à lances égales , 1 hé-» ritage de leur frère Chlodomère, dont ils venaient d’égorger les enfants. »
Je passe sous silence une infinité de traits de la nature de celui que jeviens de rapporter; les guerres scandaleuses entre les membres de la mêmefamille ; le tableau des frères armés contre les frères, qui cherchent à se ravitleurs richesses, à s’arracher réciproquement la vie, dont l’un égorge les enfantsde l’autre; une reine, âgée d’environ soixante-dix ans (Brunichilde ), suppliciéependant trois jours, enfin écartelée par les ordres de son neveu qui l accused avoir fait périr dix rois francs telle est l’esquisse à peine indiquée des scèneshorribles qu’à la fin du sixième siècle offrit la Gaule asservie sous la domina-tion des Francs, scènes dont le tableau appartient, non pas b l 'Histoire de Paris ,
mais à l’ Histoire générale de la France .
A cette époque, la France était en proie à l’ignorance et à la barbarie. Lesgrands du royaume ainsi que le haut clergé ne connaissaient d’autres lois queleur intérêt, et ne reculaient devant aucune mesure, quelque injuste et san-glante qu’elle fût, pour arriver au but de leur ambition. Jamais la dépravationdes mœurs ne fut plus complète : le monde moral était retombé dans le chaos.
Je n’entreprendrai pas de rappeler toutes les misères et tous les crimes dont leschroniqueurs les plus respectés nous font le tableau : je me contenterai de faireconnaître , sous le rapport moral, les premiers évêques de Paris , autant toute-fois que la rareté des documents me le permettra.
Saffaracus, évêque de Paris dès l’an 5i9, fut, vers l’an 551, dans un conciletenu en cette ville, déposé pour des crimes capitaux : les uns prétendent qu ilétait accusé de simonie; d’autres pensent que ses fréquents adultères furentcause de sa déposition. Saint Germain, vingtième évêque de Paris , était, suivanttous les témoignages, recommandable par sa doctrine et ses bonnes actions.
L histoire nous le représente sous ce rapport avantageux ; sa iégende lui attribueplusieurs actes surnaturels. Le public d’alors dédaignait les vertus, et n admi-rait que les miracles. 11 mourut en 576. Ragnemode, vingt et unième évêque,figure dans l’histoire comme un prélat de cour , un favori de l’infernale Fre-dégonde, dont il paraît, à certains égards, avoir été le complice. U mourut en59t. Eusèbe , vingt-deuxième évêque, était un marchand syrien, qui aspira aux
(1) Ce prince, échappé aux poignards de ses oncles, fut considéré connue un saint, et de son nomChlodovalde on a fait celui de Cloud. Saint Cloud fut inhumé dans le bourg qui porte son nom,bourgsitué à deux lieues et à l’ouest de Paris , sur la rive gauche de la Seine.