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quante voitures suffirent à peine pour charrier le riche bagage de la princesseBigonthe. Son cortège se composait de plus de quatre mille hommes armés, àpied ou à cheval. Les ducs Domégisellus, Ansoalde, Bladaste, le maire du palais Wadon, étaient spécialement chargés de commander la brillante escorte ,et de veiller à la sûreté de la princesse et de ses trésors. Le cortège, formé dansla Cité de Paris , se met en marche; mais, en sortant par la porte méridionalede cette ville, l’essieu d'une des voitures se rompt. Les assistants, effrayés parcet accident, en tirent un funeste présage, et s’écrient : O malheur ( matahora )!
Enfin le cortège quitte Paris . Après avoir parcouru un espace d’environ huitmilles (trois lieues), il s’arrête ; on dresse des tentes pour y passer la nuit. Icicommencent les malheurs du voyage de Bigonthe. Pendant cette nuit, cin-quante hommes de l’escorte se lèvent, s’emparent de cent des meilleurs chevaux,de leurs freins d’or, de deux grandes chaînes de ce précieux métal, et fuientavec ce butin dans les États du roi Childebert . Pendant tout le reste de la route,les richesses de Rigonthe devinrent successivement la proie des personnes char-gées de les protéger; mais cette princesse ne fut pas la seule victime de l’avi-dité de sa garde. Chilpéric avait sévèrement recommandé de ne prendre pour lanourriture des hommes et des chevaux de l’escorte aucune denrée, aucune chosedans les terres de son fisc; de sorte que les personnes et les bêtes devaient êtrealimentées par des exactions ou par le pillage. Aussi les villes et les campagnesqui se trouvaient sur le passage furent-elles mises à contribution et horrible-ment dévastées, o Pendant toute la route, dit Grégoire de Tours , ceux qui com-» posaient le cortège se livrèrent à tant de pillages, s’enrichirent de tant de» butin, qu’il serait impossible d’en rendre compte. Les moindres chaumières» des pauvres ne purent échapper à la rapacité de ces brigands ; ils détruisaient» les vignes, en coupant les ceps pour avoir le fruit; ils enlevaient les bestiaux :» tout fut ruiné sur leur passage, où ils ne laissèrent rien à prendre... Ce dé-» sastre eut lieu dans un temps où la gelée et une rigoureuse sécheresse avaient» emporté la récolte; et ce qu’avait épargné ce double fléau fut entièrement«enlevé.» Cependant la princesse continuait sa route, et son cortège, quiruinait toutes les campagnes, la ruinait aussi ; car, à chaque station, il la dé-pouillait de quelques parties de ses trésors. Arrivée à Poitiers , elle se vit aban-donnée par plusieurs ducs de son escorte : ceux qui restèrent autour d’ellel’accompagnèrent comme ils purent jusqu’à Toulouse où l’attendaient de nou-veaux malheurs. Elle reçut en chemin la nouvelle de la mort du roi son père,de Chilpéric, assassiné parles ordres de Frédégonde. Arrivée à Toulouse , on luiconseilla d’y séjourner pour laisser reposer son escorte fatiguée, et pour répa-rer les vêtements et les voitures : elle y consentit. Pendant qu’elle séjournaitdans cette ville, on y vit arriver le duc Désidérius, qui, à la tête d’une troupearmée, vint, sans autre formalité, s’emparer de ce qui restait des trésors deRigonthe. Il fit transférer ces richesses dans un lieu fort, et les confia à la garded'hommes qui lui étaient dévoués. Les chefs du cortège, ces nobles Francs,chargés de protéger la princesse et ses trésors, n’opposèrent aucune résistanceà l’attentat de Désidérius ; quelques-uns même, tels que le duc Bladaste et le