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après la mort de Louis-le-Règue, comte de Paris . A cette époque Goslin, abbé deSaint-Germain-des-Prés , séduisit ce comte par de flatteuses promesses, et le dé-termina à trahir son devoir, à renoncer au parti des fils du roi mort, et à favo-riser celui, de Louis, roi de Germanie ou de Saxe . Cet abbé et ce comte eurentalors assez d’autorité pour convoquer une assemblée d’évêques, d’abbés etd’hommes puissants. Dans cette assemblée il fut décidé qu’on enverrait unmessage auprès du roi de Germanie pour l’engager à se rendre en France . Louis de Germanie accepta la proposition, et passa le Rhin à la tête d’une armée nom-breuse; armée qui ajouta de nouvelles dévastations à celles qu’exerçaient alorsles Normands dans cette région. D’autres comtes, instruits des machinations del’abbé Goslin et du comte de Paris , députèrent auprès de Louis de Germanie pourlui offrir la partie du royaume de Lothaire dont Charles-le-Chauve et Louis-le- Bègue avaient joui, et pour l’engager, en faveur de cet abandon, à se retirer enSaxe . Louis se contenta de cette offre, et rejeta celle de l’abbé Goslin et deConrad. Ceux-ci, couverts de honte, déchus de leurs espérances, revinrent deVerdun à Paris , et, en chemin, se livrèrent à des rapines et à toutes sortes debrigandages dans les lieux où ils purent pénétrer.
Vers la fin du neuvième siècle, à la faveur des grands désordres de cetteépoque, une partie de la Neustrie fut érigée en un duché nommé duché deFrance . Son territoire, dans lequel se trouvait Paris , s’étendait en longueur de-puis Laon jusqu’à Orléans inclusivement : da„s la suite le royaume fut réduit auduché de France , qui s’étendait depuis Pontoise jusqu’à Montereau . Ce pays,qui dans plusieurs monuments historiques est nommé la France du milieu, me-dia Francia , forma les États des premiers rois de la troisième race. Le plus an-cien duc de France , mais dont l’existence en cette qualité n’est pas la mieuxprouvée, est Hugues, comte d’Anjou et d’Orléans , surnommé l’abbé : il portaitle titre de duc en 884. Robert, successeur et frère du roi Odo ou Eudes , était,en 922, comte de Paris et duc de France . Hugucs-le-Grand, fils du roi Robert,obtint, en l’an 943, le duché de France , que lui conféra le roi Louis d’Outre-Mer .En 954, le roi Lothaire le confirma dans la possession de ce duché. Ce duc mou-rut en 956. Il dut le titre de Grand à une grande énergie de caractère, et non àdes actions grandes et louables : il fut le fléau des peuples et surtout des rois.Tous ces comtes de Paris et ducs de France s’emparèrent des plus riches abbayes,jouirent de leurs revenus, et prirent même le titre d’abbés. — Hugues Capet , filsde IIugues-le-Grand, hérita des titres et des biens de son père, et fut, de plus, éluroi de France . Ces comtes de Paris , devenus des personnages importants, deve-nus ducs, rois, abbés, dédaignèrent les soins de leur administration, et en char-gèrent des vicomtes. On connaît au moins trois de ces fonctionnaires à Paris :Grimoard, qui l’était en 900 ; Theudon, dans les années 926 et 927, et Burchard ou Bucharcl, comte de Melun , en 981. Odo ou Eudes fut celui qui offrit le pre-mier exemple d’un comte de Paris devenu roi, et le premier exemple d’un roiqui fut, par la voie de l’élection, élevé sur un trône jusqu’alors héréditaire.Deux autres comtes de Paris , Robert, frère de Eudes , et Hugues Capet , eurentla même destinée. Tous ces ducs, ces comtes, se partagèrent, s’arrachèrent leslambeaux de l’empire de Charlemagne.