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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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SOUS LOUIS Vil.

actions de cette orgie, mais nen étaient pas les seules. On voyait des diacres,des sous-diacres, enflammés par le vin, se dépouiller et se livrer entre euxaux débauches les plus criminelles. Dautres, chez lesquels la colère avait suc-cédé à la joie, augmentaient le vacarme en se querellant, en se battant. Il ar-rivait quelquefois que le sol de léglise était ensanglanté. Cet accident étaitalors considéré comme très-grave et exigeait de notables expiations. Lafête ne se bornait pas. Les ecclésiastiques, sortis de léglise, se répandaientdans les rues ; les uns, montés sur des tombereaux chargés de boue et dordu-res, samusaient à en jeter sur la foule du peuple qui les suivait, et marchaientainsi en triomphe dans les places et les rues assez larges pour le passage duntombereau. Dautres ecclésiastiques, confondus avee des séculiers, libertins,dressaient des tréteaux en forme de théâtre, et représentaient les scènes lesplus scandaleuses.La plus ordinaire était très-digne du temps. Des acteurs, vê-tus en moines, attaquaient dautres acteurs vêtus en religieuses : ces dernièressuccombaient, et alors, à la honte de ce siècle, on les voyait, dans des postu-res indécentes, simuler des actes dont la publicité est interdite chez tous lespeuples civilisés(l).

Quelques hommes sages firent, à plusieurs reprises, de vaines tentatives pourabolir cette fête scandaleuse. Plusieurs conciles la condamnèrent ; des or-donnances royales la proscrivirent : cependant elle existait encore au quin-zième siècle, époque elle trouva des défenseurs, même parmi les ecclé-siastiques , et elle finit par être abolie.

Puisque à Paris on pouvait publiquement offrir en spectacle des scènes aussiluxurieuses, le libertinage devait y être excessif, et surpasser celui des autresvilles de France . La rareté des écrivains, aux onzième et douzième siècles,laisse à désirer un plus grand nombre de témoignages sur létat moral de cetteville. Jai réuni déjà plusieurs traits sur cette matière ; jajouterai que Pierre,abbé de Celles, représente Paris comme un séjour fort dangereux pour lesmœurs ; il dit quil sy trouve en abondance du pain, du vin, des plaisirs et dessociétés joyeuses ; enfin que la débauche et la luxure y dominent. Ligno-rance y était extrême et, dans les écoles qui commencèrent à sy former, onnenseignait à peu près que des erreurs. Paris , comme le reste du royaume,ne présente, à cette triste et nébuleuse époque, que crimes et calamités, et leflambeau qui dirigeait les études parmi ces ténèbres était un flambeau éteint.

Passons aux superstitions, aux croyances absurdes. Chaque phénomène dela nature, dans ce temps dignorance, était considéré comme un présage si-nistre, comme lannonce de malheurs nouveaux. Les comètes, les éclipsesde lune et de soleil devenaient des signes incontestables de mort, de désastre

( 1 ) Ces fêtes profanes qui attestent la profonde ignorance, lextrême corruption du clergé et dupeuple, se célébraient non-seulement à Paris , mais dans presque toutes les cathédrales et collégialesde France . Quelques-unes portaient des noms différents, tels que la Fête des Calendes, la Fête desSots, la fête des Innocents, la Fête de l'Jne, celles de 1 Abbé des Canards, de V Abbé des Esclnf-fards, etc., etc., Dans chacune on observait des rites particuliers. Ces fêtes, qui se signalaient toutespar des actes ridicules et par une extrême licence, étaient imitées de plusieurs orgies du paganisme.Les nations de lantiquité, qui avaient admis la religion astronomique, célébraient, à la même époque,par des fêtes joyeuses, la naissance du Dieu du jour.