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et de calamité. Apparaissait-il une aurore boréale? les peuples y voyaient toutce que leur imagination lugubre et facile à effrayer leur faisait craindre ; ils yvoyaient des lances menaçantes, des armées se combattant, d’énormes dragonsprêts à tout dévorer. Les chroniques de ce temps abondent en récits de cesprésages. Plus un conte était bizarre, épouvantable,plus il était facilementadopté. On n’examinait rien, on croyait tout. On croyait aux enchantements,aux sortilèges, à la magie et aux autres opérations faites par le secours du diable.Un homme était-il supérieur par ses talents et son savoir ? il était sorcier. AinsiCerbert, qui devint pape sous le nom de Sylvestre II , et Béranger, qui eutsur l'Eucharistie des opinions extraordinaires, furent tous deux traités de né-cromanciens.
En l’an 1066, Éberhard, évêque de Trêves,persécutait cruellement les Juifsde son diocèse. Un de ces Israélites , pour se venger de cette persécution, formaen cire une image de ce prélat, la lit dûment baptiser par un prêtre du monastèrede Saint-Paulin, appelé Chrétien , qui se prêtait à cette pratique superstitieusepour quelque argent. Cette image avait sans doute une mèche, puisqu’elle futemployée comme un cierge; on l’alluma, on la plaça dans la lampe de l’église.L’évêque, en célébrant l’office, se sentit défaillir à mesure que l’image ardentese consumait, et expira lorsqu’elle s’éteignit. Voilà le premier exemple queje connaisse de cette pratique superstitieuse et criminelle ; exemple qui a étésouvent imité. Les images de cire jouent un grand rôle dans notre histoire;on les y trouve en tout temps, jusque sous Louis XIII .
Toutefois, pendant cette période, il vivait à Paris et en France quelqueshommes estimables. On peut citer Charles, dit le Bon, comte de Flandre , etquelques prélats qui connaissaient les vertus, les pratiquaient sans doute,et qui se sont distingués par leurs préceptes, par leur droiture, plus que parleur raison : à la vérité, ils ne sont pas nombreux. Plusieurs prêtres profitaientdes excès contre lesquels ils déclamaient; quelques autres ne déclamaientpoint, portaient les armes, allaient à la guerre, et se montraient doués detous les vices des soldats de ce temps. — En 1109, on avait introduit dans lesécoles de Paris un livre sur la métaphysique, venu de Constantinople , tra-duit du grec en latin et attribué à Aristote . Craignant que ce livre ne donnâtnaissance à quelque hérésie, les théologiens le condamnèrent au feu, et dé-fendirent, sous peine d’excommunication, de le transcrire, de le lire et d’enconserver des copies. C’est ainsi que la barbarie arrêtait le progrès.
Cependant les. écoles de Paris, accréditées par les talents d’Abélard , faisaientnaître quelques étincelles de lumière qui, encore trop faibles pour triompherdes ténèbres de l’erreur, ne servirent d’abord qu’à égarer ceux qui suivaientleur direction. Mais, s’accroissant dans la suite, ces lumières firent aperce-voir la route par laquelle l’homme pouvait sortir de son état de dégradationintellectuelle et inorale.