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ment dénués de goût, de formes et d’ornements caractéristiques. Les colonnes,leurs bases et leurs chapiteaux avaient communément les proportions de l’or-dre corinthien ; mais ces chapiteaux, au lieu de feuilles d’acanthe, présentaientdes figures bizarres, grotesques et souvent indécentes. L’architecture ogivale,à la fin du douzième siècle, succéda à ce genre abâtardi. Son caractère, toutdifférent, consiste dans des formes sveltes d’une légèreté excessive, et dansdes hardiesses de construction qui font naître dans l’âme du spectateur un senti-ment mêlé de plus de crainte que de plaisir : il consiste aussi dans des fûts decolonnes d’une longueur disproportionnée ; ces colonnes sont souvent grou-pées avec plusieurs autres, toujours couronnées de chapiteaux à feuillages, d’ous’élèvent, en porte-à-faux, des nervures qui, comme les branches d’un arbre,se déploient et vont dessiner les arêtes des voûtes angulaires ou en ogive. Telssont les principaux caractères de l’architecture et particulièrement de cellede l’église Notre-Dame de Paris , dont je vais parler.
notre-dame, église CATHÉURALE DE paris, située près de l’extrémité orien-tale de l’île de la Cité. J’ai parlé de l’origine inconnue de cette basilique, de sonétat presque ignoré sous la première et la seconde race ; je vais m’occuperde ce qu’elle était à la fin du douzième siècle, et de ce qu’elle est aujourd’hui.
Maurice de Sully , homme supérieur à son temps, qui, né dans une classealors méprisée, s’éleva de lui-même au siège épiscopal de Paris , eut le couraged’entreprendre l’entière reconstruction de la cathédrale. L’ancienne basiliquen’était plus en proportion avec la population croissante ; de plus elle tombaiten ruine. Ce double motif justifiait cette immense entreprise. Les travaux enfurent commencés vers l’an 1163. On conjecture que le pape Alexandre III posa, en cette année, la première pierre de l’édifice. En 1182, le grand autel futconsacré par Henri, légat du Saint-Siège ; ce qui fait présumer qu’alors lechœur, ou du moins le chevet, était achevé. Maurice fit aussi reconstruire lamaison épiscopale ; mais, en 1196, avant de voir la fin de ces travaux, il mou-rut, et laissa à ses successeurs le soin de les faire continuer. Ils s’en acquit-tèrent sans doute avec beaucoup de négligence, puisqu’une inscription, placéesur le portail méridional, atteste qu’en 1257 cette partie de l’édifice n’existaitpoint encore, et qu’au mois de février de cette année la construction en futcommencée par un maçon appelé Jean de Chelles. Enfin, le portail septentrionalfut bâti vers 1312, avec les biens pris aux Templiers . On ne connaît pas l’épo-que de l’entier achèvement de cette église ; mais on sait qu’au quinzième siècleCharles VII donna des secours considérables pour terminer ce monument, etqu’on y construisait encore des chapelles. Ainsi on peut dire que les travauxont duré près de trois cents ans. Cet édifice est fondé sur un gravier fermeet non sur pilotis, et s’élevait autrefois sur treize marches qui ont disparupar l’exhaussement du sol du parvis Notre-Dame ; sa longueur, dans œuvre,est de trois cent quatre-vingt-dix pieds ; sa largeur, prise à la croisée entre lanef et le chœur, de cent quarante-quatre pieds ;sa hauteur depuis le sol jus-qu’à la partie la plus élevée de la voûte, est de cent quatre pieds. La façade,vaste et imposante,quoique noircie et détériorée en quelques parties par letemps, a cent vingt pieds de développement.