117
PARIS DEPUIS LE RÈGNE DE PHILIPPE-AUGUSTE JUSQU’A CELUI
DE LOUIS IX
PARIS SOUS PHILIPPE-AUGUSTE.
Le 29 mai 1180, Philippe II, surnommé Dieu -Donné, puis Auguste, parcequ'il était né dans le mois d’août, succéda à son père Louis VII .
La puissance royale, depuis Hugues-Capet , toujours en butte aux attaquesde la puissance féodale , prit sous ce règne une consistance plus respectable.Philippe-Auguste , par ses conquêtes, recula les limites de ses États, et leurdonna une étendue que les précédents rois de la troisième race n’avaient puobtenir. Dans le système de la féodalité, accroître l’étendue de ses États c’étaitdiminuer le pouvoir de ses rivaux. — Les monuments historiques, moins ra-res pendant celte période, laissent moins de place aux conjectures. Les établis-sements d’utilité publique se multiplient et rivalisent avec ceux qui ne sontpas d’une utilité spéciale. On s’aperçoit que la vérité cherche à s’affranchir deserreurs qui l’entravent, et que la civilisation fait quelques pas en avant.
Philippe-Auguste eut les opinions et les vices de son temps ; mais il sedistingua par une volonté forte, une énergie de caractère que soutint constam-ment son ambition démesurée. Il fit avec succès la guerre contre la haute no-blesse. Dès son jeune âge, il montra contre elle des dispositions hostiles. Peu detemps après la mort de son père, il éclata contre lui une conspiration traméepar les hommes de cette caste. A cette nouvelle, Philippe, sans s’étonner, diten présence de sa cour : Quels que soient leurs outrages et leurs vilenies, je suismaintenant contraint de tout endurer de leur part; mais ils vieilliront, ils s’af-faibliront, et moi je croîtrai en force et en pouvoir ; et, à mon tour, s’il plaît àDieu , je me vengerai d’eux tant que je pourrai.
Philippe parvint en effet, par des voies que la justice et la loyauté ne peu-vent pas toutes approuver, à vaincre plusieurs comtes, et à s’emparer de leursÉtats. Il ne savait pas qu’en cédant à sa passion ambitieuse, il portait les pre-miers coups au régime féodal, à la barbarie, et qu’en substituant sa propre ty-rannie à la tyrannie de plusieurs, il commençait à ouvrir aux générations fu-tures une carrière moins calamiteuse. Les successeurs de Philippe-Auguste se trouvèrent assez forts pour repousser avec avantage les attaques des grandsvassaux, et les contenir dans le respect et la crainte.
Ce roi eut pour les constructions un goût qui tourna au profit de Paris , etcontribua à diminuer l’état misérable de cette ville. Sous son règne, l’architec-ture était complètement transformée; et Paris vit, pour la première fois, s’é-lever dans son sein un vaste édifice dans le style ogival. Ce nouveau genre,improprement appelé sarrasin, gothique, fit oublier l’architecture grecque,introduite dans la Gaule par les Romains, architecture dont la pureté avait reçuvers la fin de l’empire d’Occident, plusieurs atteintes, et qui acheva de se dé-grader pendant la. domination des Francs. Sous les rois de cette nation, leséglises, les palais offraient de lourds massifs de maçonnerie assez générale-