126
Il 1ST0I R F DE l‘A DIS
parés du commun des morts. Cette galerie sombre, humide, servait de passageaux piétons; elle était pavée de tombeaux, tapissée de monuments funèbres etd'épitaphes, et bordée d’étroites boutiques de modes, de lingerie, de mercerie,et de bureaux A’écrivains publics. Cette galerie fut construite, à diverses épo-ques, aux frais de différents particuliers. Le maréchal de Boucicaut, vers lespremières années du quinzième siècle, en lit bâtir une partie, et le fameux phi-losophe hermétique Nicolas Flamel , toute celle qui bordait la rue de la Linge-rie. 11 y fit placer le tombeau de son épouse, tombeau orné de plusieurs figuresd’anges et de saints, d’inscriptions en latin et en vers français . D’un côté, lagalerie occupait une partie de la largeur de la rue de la Ferronnerie (nomméeautrefois, ainsi que la rue Saint-Honorc, rue de la Charonncrie) ; c’est sous cetteportion de la galerie qu’était peinte la curieuse danse macabre ou danse des morts.L’auteur du Journal de Pans sous les règnes de Charles VI et de Charles Vil,dit qu’en 1429 un fameux prédicateur, nommé frère Richard, prêchait sur unéchafaud haut d’environ une toise et demie. Il avait, dit-il, le dos tourné vers lescharniers des Innocents, contre la Charonnerie, à l’endroit de la danse macabre.Dans une partie du charnier, proche de l’église, on voyait un tombeau couvertd’une table sur laquelle était représenté un squelette en marbre blanc, sculptépar Germain Pilon (1).
Le cimetière était celui de la paroisse des Innocents et de plusieurs autres pa-roisses de Paris . On voyait au milieu une croix ornée d’un bas-relief représen-tant le triomphe du Saint-Sacrement, exécuté par Jean Goujon , et une lanterneen pierre, qui s’élevait à la hauteur d’environ quinze pieds, en forme d’obélis-que, telle qu’on en voit dans plusieurs cimetières de France. On y plaçait unelumière qui, pendant la nuit, faisait respecter le séjour des morts. En 1786, l’é-glise et les charniers des Innocents furent démolis. La fontaine des Innocents,située à l’angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers, ainsi que les pré-cieux bas-reliefs dont Jean Goujon l’avait ornée, ont été transportés au centrede l’emplacement du cimetière, qui a été converti en un vaste marché. (VoyezMarché des Innocents. )
saint-tiiomas-du-louvre, depuis nommé saint-loüis-du-loüvue, églisecollégiale, située dans la rue de ce nom, près du Louvre. Robert, comte deDreux , fit, en 1187, bâtir cette église, sous le titre de Saint-Thomas, archevêquede Cantorbéry, et y fonda quatre canonicals : le nombre en fut augmenté dansla suite. Le 15 octobre 1739, cette église s’écroula. Elle fut rebâtie, quelquesannées après, sur les dessins de Germain, orfèvre célèbre, mais architectesans goût; elle reçut alors le nom de Saint-Louis-du-Louvre. On y voyait letombeau eu marbre, orné de figures allégoriques, du cardinal de Fleury, morten 1743; ce tombeau avait été érigé d’après les dessins de Lemoine. Getteéglise, qui pendant plusieurs années a servi au culte protestant, est aujour-d’hui entièrement démolie.
;0 Parmi les nombreuses épitaphes de ces charniers, on remarquait celle-ci : «Ci-gist Yollandc-» llnlly, qui trépassa l’an 1514, la quatre-vingt-huitième année de son âge et la quarante-deuxième» de son veuvage, laquelle a vu ou a pu voir, devant son trépas, deux cent quatre-vingt-treize en-» fants issus d’elle. »