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de Vigeois, dit dans sa chronique, que l’église des Saints-Innocents à Paris futfondée à l’occasion d’un certain Richard, jeune homme que les Juifs, en méprisdu Christ, avaient fait mourir, et parce que sur, l’emplacement de cette église,il s’était manifesté des signes divins. Cet écrivain ne donne point l’époque decette fondation. Suivant la chronique de Lambert de Waterlos, ce fut à Paris ,en l’an 1163, qu’un adolescent y fut crucifié par les Juifs. Robert Dumont ditque le lieu de la scène fut à Pontoise et dans l’année 1171. Ces traditions incer-taines et contradictoires n’établissent que le doute. Je pense qu’un oratoireélevé dans ce cimetière de Paris , comme il s’en trouvait dans tous les ancienscimetières, a donné naissance à cette église. M. l’abbé Lebeuf en place la con-struction primitive sous le règne de Philippe-Auguste . Tout porte à croirequ’elle avait alors le titre de paroisse. Le bâtiment de cette église fut réparé àplusieurs reprises, comme on le remarquait par les différences très-apparen-tes de ses parties. Ce fut, sans doute, après une de ces réparations, qu’en1445 Denis Dumoulin, évêque de Paris , en fit la dédicace.
A la fin de juin 1437, il s’éleva dans cette église une querelle entre un hommeet une femme pauvre. La femme, d’un coup de quenouille, fit une légère égra-tignure au visage de l’homme; il en sortit quelques gouttes de sang qui fourni-rent à l’évêque de Paris , Jacques de Chastelier, un prétexte suffisant pour inter-dire l’église. Pendant vingt-deux jours, toutes cérémonies religieuses y furentsuspendues, et les portes de l’édifice et du cimetière fermées ; aucun mort neput y être enterré. Cet évêque exigeait une forte somme pour réconcilier l'église;les paroissiens et les confréries furent obligés d’aller prier à l’église Saint-Josse.Son successeur, Denis Dumoulin, fit, en 144o, fermer le cimetière des Innocentspendant quatre mois; « et on n’y enterrait personne, petit ni grand, dit un con-» temporain ; on n’y faisait ni procession ni recommandation pour personne.» L’évêque, pour en permettre l’usage, voulait avoir trop grande somme d’ar-» gent, et l’église était trop pauvre. »
A coté de cette église était une chambre étroite où des femmes et des fillesdévotes s’emprisonnaient volontairement pour le reste de leur vie ; on les nom-mait recluses : elles en faisaient murer la porte, et ne recevaient l’air et lesaliments que par une petite fenêtre qui donnait dans l’église. On connaît lesnoms de deux dévotes qui se sont ainsi séquestrées du monde dans ce tristeréduit. La plus ancienne est Jeanne la Vodrière, qui s’y enferma le 8 octobre1442 ; la seconde est Alix de Burgotte, qui y mourut le 29 juin 1466. Il s’y trou-vait aussi des recluses forcées : telle était Renée de Vendomois, femme noble,adultère, voleuse, qui fit assassiner son mari, Marguerite de Saint-Barthélemi,seigneur de Souldai. Le roi, en 1485, lui fit grâce de la vie, et le parlement lacondamna à demeurer perpétuellement recluse au cimetière des Innocents.Sur un des piliers de la chapelle de la Vierge était adossée la figure de larecluse Alix de Burgotte, figure en bronze que fit faire le roi Louis XI .
Le cimetière des Innocents fut longtemps ouvert aux passants, et même auxanimaux. En 1186, Philippe-Auguste le fit clore de murailles. Dans la suite,on construisit tout autour de la clôture une galerie voûtée, appelée les Char-niers. C’est là qu’on enterrait ceux que leur fortune mettait à même d’èfre sp«