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SOUS PHI 1,1PPE-AUGUSTE.rendues célèbres par une émulation admirable. Le zèle pour l’étude se refroiditsous le règne de Philippe-Auguste ; plusieurs écrivains de ce temps s’en plai-gnent. Les camifwiens (c’est ainsi qu’on nommait alors les partisans de la bar-barie) appelaient les hommes studieux bœufs d'Abraham , ânes de Balaam ; maisces injures étaient-elles suffisantes pour arrêter la noble impulsion donnée àl’enseignement? Plusieurs autres causes durent concourir à ce refroidissement,peut-être fut-il l’effet naturel de la marche de l’esprit humain, qui, après degrands efforts, se ralentit; toujours est-il certain qu’alors l’ardeur pour l’étudeparut s’éteindre. « Ils sont plus adonnés à la gloutonnerie, disait, en parlant•> des écoliers, un écrivain de cette époque, qu’ils ne le sont à l’étude; ils» préfèrent quêter de l’argent plutôt que de chercher l’instruction dans les>> livres; ils aiment mieux contempler les beautés des jeunes filles que les beau-» tés de Cicéron ....; toute science est avilie, l’instruction languit, on n’ouvre» plus les livres.» Il se trouvait cependant à Paris des écoliers laborieux ; maisil ne paraît pas qu’ils fussent en grand nombre. Philippe Harveng, abbé deBonne-Espérance, dans une de ses lettres, donne des témoignages d’estime auxétudiants de cette ville, qui, dit-il, aiment mieux être dans les écoles que dansles foires, lire des livres que de vider les verres, et qui préfèrent la science àl’argent. La culture des lettres, pour être négligée, ne fut pas abandonnée : lesconnaissances acquises ne sont jamais entièrement perdues pour l’humanité.Paris conserva le feu sacré, et ses écoles prédominèrent celles des autres villesdu royaume. « Des savants les plus illustres y professaient toutes les sciences; on» y accourait de toutes les parties de l’Europe ; on y voyait renaître le goût» attique, le talent des Grecs et les études de l’Inde . » Tels sont les éloges quequelques contemporains donnent aux écoles de Paris . Je dois avertir quelorsque les écrivains de ce temps entreprenaient de louer, ils s’en acquittaientavec une prodigalité sans bornes : l’exagération était leur figure favorite.
Les écoles de Paris ne reçurent que sous le règne de saint Louis le titre d’Uni-versilé : j’en parlerai à cette époque.
pré-aux-clercs. A l’ouest et au nord de l’abbaye et du bourg Saint-Germainétaient de vastes prairies qui s’étendaient depuis ce bourg jusqu’à la rivièrede Seine , et depuis la rue des Saints-Pères jusqu’à l’esplanade des Invalides. Lenom de clercs s’appliquait alors à tous les ecclésiastiques, même aux étudiantsde l’Université de Paris. Ces clercs étaient en usage de venir s’y promener, et des’y permettre beaucoup de désordres.
Déjà, en 1163, une grande discussion s’était élevée entre les moines de Saint-Germain et les écoliers, au sujet du Pré-aux-Clercs ; et cette discussion avait pa-ru assez grave pour être soumise au jugement du concile de Tours , où se trou-vaient dix-sept cardinaux et cent vingt-quatre évêques : elle y occasionna delongs débats. Les clercs y furent condamnés à un éternel silence. On ne connaîtpoint d’autres détails sur cette affaire.
En 1192, on voit d’une manière plus certaine, le Pré-aux-Glercs figurer surla scène historique. Les écoliers de Paris , qui regardaient ce pré comme leurpropriété, y commirent divers excès. Les habitants du bourg Saint-Germainvoulurent les repousser ; un écolier y perdit la vie, d’autres furent blessés. Cette