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sortirent de l’église et allèrent raconter au légat le résultat de leur mission.
Le lendemain, les mêmes évêques, escortés du procureur du roi, du prévôtde Paris et de ses archers, se rendirent au couvent des Cordeliers; ils trouvè-rent les moines dans leur église, employant le stratagème qui leur avait réussila veille. Ils chantaient à tue-tête, sans paraître faire attention aux ordres desévêques et des magistrats. Alors le procureur du roi, le prévôt et ses archersleur commandèrent d’un ton menaçant de garder le silence. Les moines sus-pendirent leurs chants, écoulèrent les réformateurs, firent valoir leurs privilè-ges, et, après avoir défendu leur cause, ils versèrent des larmes et consentirentà se soumettre â la réforme ; mais ils se vengèrent de leur soumission forcée surOlivier Maillard , qu’ils regardaient comme l’auteur de cette persécution, et lechassèrent avec violence de leur couvent.
Ces désordres et beaucoup d’autres déterminèrent le général de l’ordre à ve-nir à Taris exprès pour réformer le couvent des Cordeliers. Il s’y présenta dansle mois de juillet 1582, et éprouva, de la part de ces moines, la plus opiniâtrerésistance; ils se divisèrent en deux partis, et, suivant l’usage, en vinrent auxmains. Alors le nonce du pape fit arrêter les religieux les plus récalcitrants;ils furent conduits et fustigés dans la prison de Saint-Gcrmain-des-Prés.
La tranquillité paraissait rétablie; mais, à trois reprises différentes, ce cou-vent devint un champ de bataille. On se battait à coups de pierres, d’épée etde dague. Le général de l’ordre s’était présenté pour calmer la fureur des com-battants; mais il se trouva fort heureux de se sauver de la mêlée, et de monterpromptement dans un coche que le duc de Nevers lui envoya. Il vint ensuite im-plorer l’assistance du parlement; et l’on remarque, dans les registres de cettecour, que, pour rendre sa prière plus touchante, il se mit à genoux devant leprésident. Une force armée imposante vint mettre fin à ces scènes scandaleuses.Ces registres du parlement ne disent pas si les moines furent punis. On y voitseulement qu’on découvrit, dans ce couvent, une femme qui fut arrêtée, et donton fit le procès.
L’église du monastère des Cordeliers, bâtie par saint Louis, dont la statueen pied se voyait à la principale entrée, adossée contre un pilier qui [séparaitles deux battants, fut, en 1580, entièrement consumée. Un novice, pris de vin,s’endormit dans une stalle du chœur, laissant près de lui un cierge allumé.Le feu du cierge atteignit la boiserie du jubé, qui s’enflamma, et dans l’espacede trois heures, l’église, à l’exception de quelques murs, fut réduite en cendres.Les cordeliers aussitôt accusèrent les protestants d’être les auteurs de cet in-cendie, et les jacobins accusèrent les cordeliers d’avoir eux-mêmes mis le feuà leur église, afin d’être autorisés à solliciter des aumônes, et obtenir de la fai-blesse des personnes dévotes d’abondantes libéralités; mais on ne fut dupe ni dela méchanceté des cordeliers ni de celle des jacobins. Cependant Henri III , ceroi aussi renommé par la dépravation de ses mœurs que par sa dévotion super-stitieuse, donna des sommes considérables pour faire reconstruire le chœur; etl’ordre du Saint-Esprit , nouvellement institué par ce roi, contribua, avec Chris-tophe et Jacques de Thou , au rétablissement du reste de l’édifice. Les corde-liers, pour éterniser les bienfaits de Henri III , firent placer, au-dessus du grand