166
le 11 septembre 1241, avec les mômes solennités, le môme respect, qu’on avaitmis à recevoir la sainte couronne.
Pour loger dignement tant de richesses, saint Louis lit bâtir une nouvelleSainte-Chapelle qui, commencée vers l’an 12-42, fut achevée en 1248. Pierre de Montreuil , le plus habile architecte de ce temps, fut chargé de cet ouvrage.11 a laissé dans cette construction un monument précieux de son talent. « Pour» lesquelles reliques, dit l’auteur de la Vie de saint Louis, il fist fere la chapele,
» à Paris en laquele l’en dit que il despendit bien quarante mille livres de tour-» nois et plus. Et li benaiez rois aourna d’or et d’argent, et de pierres précieuses>» et d’autres joiaux, les lieux et les châsses où les saintes reliques reposent. Et» croit l’en que les aournements desdites reliques valent bien cent mille livres» de tournois et plus. »
La Sainte-Chapelle fut bâtie sur l’emplacement de l’ancienne chapelle Saint-Nicolas. Ce nouvel édifice est double ou à deux étages. La chapelle inférieureétait destinée aux habitants de la cour du Palais, et dédiée à la Vierge (1).
La chapelle supérieure, destinée au roi et à ses officiers, portait le titre deSainle-Couronne et de Sainte-Croix. Elle est longue de trente-six mètres dansœuvre, et large de neuf mètres. La hauteur des deux étages, depuis le sol infé-rieur jusqu’au sommet de l’angle du fronton, est de trente-six mètres. Ainsi lahauteur totale de cet édifice égale sa longueur. Félibien évalue la dépense decette chapelle, le prix des reliques et de leurs ornements, à trois millions, va-leur de son temps. Il faudrait aujourd’hui doubler cette somme afin d’avoir, envaleur actuelle, la somme exacte des dépenses que fit saint Louis pour cettechapelle et pour les reliques qu’elle renfermait.
Ce roi fit construire, dans le trésor de cette chapelle, un lieu sûr et commodepour y déposer sa bibliothèque, composée de livres pieux et notamment desécrits des saints Pères, qu’il avait fait copier. — En 1246, il établit, pour desservircette église, cinq principaux chapelains, deux marguilliers, qui devaient êtrediacres ou sous-diacres, et leur assigna des revenus considérables. Ces libéralitéss’accrurent encore sous les rois ses successeurs. — La flèche ou clocher de cettechapelle, ouvrage remarquable par sa hardiesse et sa légèreté, menaçait ruine :on fut obligé, peu d’années avant la révolution, de la démolir. Dans l’intérieuron voyait, aux deux côtés de l’entrée du chœur, deux autels décorés de deuxtableaux en émail, ouvrage de Léonard de Limoges, accompagné des portraitsde François I er et de Claude, de Henri II et de Diane de Poitiers . Ces émauxprécieux, exécutés d’après les dessins de Primatioc, font partie du Musée duLouvre. Sur le principal autel s’élevait une châsse ayant, en petite proportion,la forme exacte de l’édifice de la Sainte-Chapelle . Elle était de vermeil, enrichiede pierreries, et contenait, à ce qu’il paraît, les ossements de saint Louis.Derrière était une autre châsse plus grande, en bronze doré, près de laquelle
;i) Les rois, les hauts barons, les évêques, les abbés, etc., étaient si persuadés de leur supérioritésur les hommes vulgaires, qu’ils auraient cru s’avilir et compromettre leur dignité en priant Dieu dans la même église où priaient les hommes des classes intérieures de la société. A Saint-Germain- des-Prés , à Sainte-Geneviève, à Notre-Dame et ailleurs, il existait une église pour les seigneurs, etune nuire pour ceux qu’on nommait les vilains.