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Le gouvernement restait indifférent à tant de maux, insensible aux cris desamis de l'humanité. Tous sentaient le besoin de transférer ailleurs cet hôpital,ou de le diviser en plusieurs maisons. Louis XVI ordonna à l’Académie des Sciences de faire un rapport sur l’état de THôtel-Dieu. Ce rapport fut publié. Envoici les principaux résultats : « Nous avons d’abord comparé l’IIôtel-Dieu et la» Charité (l’hôpital de ce nom), relativement à leur mortalité. LTlôtel-Dieu, en» cinquante-deux ans, sur un million cent huit mille sept cent quarante et un» malades, en a perdu deux cent quarante-quatre mille sept cent vingt, à raison» de un sur quatre et demi. La Charité, qui n’a qu’un mort sur sept et demi,» n’en a perdu que cent soixante-huit mille sept cents : d’où résulte le tableau» effrayant que l’Hôtel-Dieu, en cinquante-deux années, a enlevé à la France » quatre-vingt-dix-neuf mille quarante-quatre citoyens, qui lui auraient été» conservés si THôtel-Dieu avait eu un emplacement aussi étendu que celui de» la Charité. La perte de ces cinquante-deux années répond à mille neuf cent six» morts par an, et c’est environ la dixième partie de la perte totale et annuelle«de Paris ... La conservation de cet hôpital, ou du moins de l’emplacement» qu'il occupe, produit donc le même effet qu’une sorte de peste qui désolerait» constamment la capitale. »
La révolution étant survenue, on ne construisit point de nouveaux édifices ;mais on distribua les malades, d’après la nature de leur maladie, dans divershôpitaux déjà existants, et même dans les maisons religieuses évacuées, et donton pouvait disposer. Les femmes en couches, les aliénés, les scrofuleux et ceuxqui sont atteints de maladies de la peau, les vénériens, eurent leurs hôpitauxparticuliers et leurs médecins spéciaux. L’Hôtel-Dieu se trouva ainsi déchargéde la quantité surabondante de pauvres, atteints de toute espèce de maladies,qui s’y rendaient autrefois.
Aujourd’hui, dans cet hôpital, il ne reste plus de traces de son ancien et affli-geant état; les salles sont vastes, bien aérées; les lits convenablement espacés;chaque malade est couché seul. On y traite toutes les maladies internes et chi-rurgicales. Le nombre des lits se monte à mille, dont quatre cent quarante sontdestinés aux hommes, et cinq cent soixante aux femmes. En 1842, la mortalitéa été de un sur sept.
saünt-eustacue, église paroissiale, située entre la rue Traînée et celle duJour. L’emplacement de Saint-Eustache paraît avoir été anciennement consacréà la déesse Cybèle . On établit en ce lieu, on ne sait à quelle époque, une chapellede Sainte-Agnès. Pour la première fois, en 1213, il est fait mention de cettechapelle, qui dépendait du doyen et des chanoines de Saint-Germain-l’Auxer-rois; enfin, en 1223, les monuments historiques désignent un prêtre de Saint- Eustache . Ce prêtre voulut, plusieurs années après, prendre le titre de curé;le doyen de Saint-Germain-l’Auxerrois le lui disputa très-vivement. Cette que-relle se termina, en 1254, par un accord dont voici les principales clauses : Auseul doyen de Saint-Germain-l’Auxerrois appartiennent toutes les offrandes faitesà l’église Saint-Eustache , et tous les profits des messes qui s’y diront, les joursdes fêtes de tous les Saints , de Noël , de Pâques et de la Pentecôte. Cependantce doyen laissait au curé tous les profits des messes des morts, et toutes les of-