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charges. Sous François I er , les membres du parlement étant, dès lors, proprié-taires de leurs offices, et cessant d’ôtre officiers à gages, se montrèrent plusindépendants dans leurs décisions, et devinrent, dans l’État, un pouvoir politi-que qui balança souvent celui du monarque. Ces deux pouvoirs, dans l’actionde l’un sur l’autre, n’étaient point séparés par des limites certaines et solide-ment fixées. 11 en résultait des luttes fréquentes. Lorsque le refus d’enregistrerParalysait les actes despotiques du roi ou de ses ministres, le monarque, con-trarié, employait les moyens extrêmes des jussions, des lits de justice, des exils;e t, comme la résistance du parlement avait souvent des motifs d’intérêt public,il résultait que l’odieux des lois tyranniques, dont le parlement refusait l’enre-gistrement, retombait sur la cour du roi, et que la gloire attachée aux actionscourageuses, ainsi qu’à l’intérêt qu'inspirent les persécutés, était le partage duparlement. Les membres du parlement, du reste, se montraient autrefois fortintéressés. Lorsque les rois, toujours nécessiteux, ne pouvaient payer leurs ga-ges, ces membres suspendaient le cours de la justice, et fermaient leur au-dience.
En 1771, Louis XV , ou plutôt le chancelier Maupeou parvint à supprimer tousles parlements, et à leur substituer des conseils supérieurs ; mais Louis XVI les rétablit avec quelques modifications. Ce corps de magistrats fut dissous en1790. — Depuis que le parlement était devenu permanent, il avait siégéconstamment dans le palais des rois, qu’on nomme aujourd’hui le Palais deJustice.
palais de justice. Je ne reviendrai pas sur l’origine et les accroissements dece palais; j’en ai déjà parlé : je me bornerai à dire qu’habité par les rois de lapremière race, il ne le fut point par ceux de la seconde, et que les douze pre-miers rois de la troisième y résidèrent. Le roi Robert le fit rebâtir. Quelques-uns de ses successeurs l’agrandirent, et saint Louis fut de ce nombre. On at-tribue à ce roi les salles basses, situées au-dessous de la grande salle du Pa-lais, dite des Pas-Perdus, salles basses dont l’une porte encore le nom de Cui-sine de saint Louis ; à l’étage supérieur, la grand’chambre, qui sert aujourd’hui^ la Cour de cassation, a longtemps porté le nom de Chambre de saint Louis.Ees traditions sont presque des preuves. Philippe-le-Bel fit exécuter, dans l’in-terieur de ce palais, des travaux considérables, qui ne furent terminés qu’en1313. Quoique quelques-uns des successeurs de ce roi aient habité le châteaudu Louvre, alors situé hors de Paris , le palais de la Cité fut encore la résidencela plus ordinaire de ces princes. Charles V y résida longtemps, et ce ne fut qu’en1*31 que Charles VH l’abandonna entièrement au parlement.
On y voyait, comme dans tous les anciens châteaux ou palais des hauts ba-rons, une vaste salle qui servait à la réception des hommages des vassaux, auxaudiences des ambassadeurs, aux festins publics et aux noces des enfantsdes rois. Cette salle, simple dans sa construction et seulement couverte encharpente, était ornée des effigies des rois de France , depuis Pharamond jus-qu a François I er . On voyait, vers une des extrémités de cette salle, ia fameuseTable de marbre dont la grandeur devait être considérable. Sur cette table,dans les grandes solennités, se faisaient les festins royaux ; autour d’elle, s’as-