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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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HISTOIRE HE PARIS

les mêmes tentatives; là, d’autres scènes lui étaient préparées. Déjà Maillard,bien accompagné, s’était avancé vers cette porte pour prévenir ceux qui lagardaient; il y fut rejoint par un groupe des partisans du dauphin, à la tête des-quels étaient deux gentilshommes, Pépin des Essarts et Jean de Charny. Marcel,tenant en main les clefs de cette bastille, et monté sur l’escalier, opposait quel-que résistance à ces assaillants. Bientôt, au milieu du tumulte, on entend cescris : A mort! à mort! Tuez le prévôt des marchands et ses complices!... Marcel,effrayé, veut fuir; Jean de Charny s’avance, lui porte un coup de hache sur latète, et l’abat à ses pieds. Alors chacun se fait honneur de percer de coupsMarcel sans défense. On ne l’abandonne que lorsqu’il cesse de respirer. Tousceux qui, au nombre de cinquante-quatre, l’accompagnaient, furent tués outraînés dans les prisons. Gentien Tristan fut nommé à la place de Marcel.

Le Dauphin, trois jours après cette expédition sanglante, le 10 août 1358, serendit à Paris , donna des lettres d’abolition pour tous les délits commis con-tre l’autorité royale. Nonobstant ce pardon général, il fit le lendemain, et dansla place de Grève, décapiter Charles Toussac, échevin de Paris ; Joceran deMascon, trésorier du roi de Navarre ; Thomas, chancelier du même roi. Leurscorps, ainsi que les corps de ceux qui furent tués à la bastille Saint-Antoine,restèrent pendant plusieurs jours exposés nus dans la cour de l’église Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers; ensuite ils furent tous jetés dans la Seine . Ledauphin, dès qu’il vit le parti de Marcel abattu, ne garda plus ses promesses :il fit décapiter Pierre Gaillard, gouverneur du Louvre, pour avoir mal défenduce château contre les attaques des Parisiens , qui s’en étaient rendus maîtres;il fit aussi trancher la tête à plusieurs autres personnages.

La mort de Marcel et la rentrée du dauphin à Paris ne rendirent pas les ha-bitants de cette ville plus heureux. Le roi de Navarre, irrité de se voir frustréde ses espérances, rassembla des troupes, s’empara de plusieurs places et châ-teaux des environs de Paris , bloqua cette ville, intercepta tous les arrivages, etla réduisit à la famine. Tous les comestibles s’élevèrent à un prix excessif; untonnelet de harengs, suivant Froissart , s’y vendait trente écus d’or. Des mala-dies contagieuses résultèrent de cette disette, et causèrent la mort d’une grandepartie des habitants. Dans le seul hôpital de l’IIôtel-Dieu, il mourait jusqu’àquatre-vingts personnes par jour.

A ces maux en succédèrent de plus grands encore. Edouard, roi d’Angle-terre, en novembre 1359, passa en France à la tète d’une puissante armée, etau printemps suivant vint assiéger Paris . Tout fut dévasté sur son passage;tout fuyait devant lui. Les habitants des campagnes, chassés de leurs foyers, seréfugiaient dans les places fortes ; et ceux des environs de la capitale venaient,en foule, et tout éplorés, demander asile aux Parisiens .

Le dauphin, tranquille dans l’enceinte fortifiée par Marcel, n’opposa aucuneforce à l’armée anglaise qui, campant dans les plaines de Vaugirard et de Mont-rouge , faisait des ravages affreux. Édouard défia le dauphin, qui ne réponditpoint à ce défi. Tout ce que fit le prince français consista dans l’ordre d’incen-dier les maisons des faubourgs Saint-Marceau, Notre-Dame-des-Champs,Saint-Jacques et Saint-Germain, afin d’empêcher l’ennemi de s’y loger. Cepen-