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DE 1*III 1,1 PI*E IV A CHAULES V.
Dès ce moment, les environs de Paris eurent à souffrir de la guerre désastreuseque se faisaient les troupes du roi de Navarre et celles du dauphin. Ce der-nier prince lit quelques dispositions pour assiéger la capitale; sa nombreusearmée dévastait tout sur son passage. « Si fust tout le pays gasté, jusqu’à huit à« dix lieues, disent les Grandes Chroniques de France , et coururent le pays et•> ardirent (brûlèrent) les villes. » Pendant ces hostilités, les habitants de Paris se rendirent maîtres du château du Louvre, que commandait Pierre Gaillard.
Marcel, prévôt des marchands, fortifié par les fautes du dauphin et par sesnombreux partisans, l’était aussi par les troupes du roi de Navarre; ce der-nier appui le rendit suspect aux Parisiens . Ils étaient, à la vérité, indignés desvexations et des iniquités des conseillers du dauphin; mais, affranchis d’unetyrannie, ils ne voulaient pas retomber sous une autre, ni avoir pour maîtrele roi de Navarre, dont les troupes s’étaient rendues odieuses par d’horriblesexcès. Marcel contrariait cette dernière disposition des habitants en favorisantouvertement les projets ambitieux du roi de Navarre. Dans un combat donnéaux environs de la ville, il les avait abandonnés et avait causé la mort d’ungrand nombre d’entre eux. Il avait déplu encore aux habitants en donnant au roide Navarre le titre de gouverneur de leur cité. Il les avait irrités contre lui,lorsque quelques troupes de ce roi ayant été emprisonnées par le peuple auLouvre, à cause de leur excessif brigandage, il les fit évader par la porte Saint-Honoré. Le dauphin, profitant de l’indisposition que manifestaient les Parisiens contre le prévôt des marchands, leur fit promettre une amnistie générale, s’ilslui livraient ce prévôt et douze bourgeois à son choix. Ainsi, il ne restait à Mar-cel d’autre ressource que de continuer à rendre des services au roi de Navarre,et de s’avancer dans la fausse route où il s’était imprudemment engagé. 11 s’yPerdit. Il forma, dit-on, le projet de faire entrer dans Paris , pendant la nuit du31 juillet au 1 er août 1358, des troupes anglaises et navarroises qui désolaientles environs, de se rendre maître de cette ville, et d’offrir, si l’on en croit le dis-cours du dauphin, la couronne de France au roi de Navarre. En conséquence,dans l’après-midi du dernier jour de juillet, il entreprend de s’assurer des portesde Paris , et d’en confier la garde à des hommes qui lui sont dévoués. 11 va à labastille Saint-Denis, ordonne à ceux qui la gardaient d’en remettre les clefs àJoceran de Mascon, trésorier du roi de Navarre. On refuse de lui obéir; alors ils’élève une vive altercation dont le bruit attire le commandant du quartier.C’était Jean Maillard, qui, quoiqu’ami et partisan de Marcel, approuva le refusque celui ci venait d’éprouver. De là s’éleva entre ces deux hommes unequerelle très-violente. Maillard, indigné de la conduite de Marcel, et sansdoute plus encore de ses mauvais traitements, se retire furieux, renonce auParti de ce prévôt des marchands, monte à cheval, arbore la bannière deFrance , crie dans les rues Mont joie Saint-Denis! au roi et au duc! publie sur sonchemin que Marcel voulait ouvrir les portes aux troupes anglaises, et arriveaux halles, où il parvient à réunir un grand nombre de personnes.
Cependant le prévôt des marchands, n’ayant pu obtenir les clefs de la porte Saint-Denis , s’adressa aux gardes des autres portes, où il éprouva un pareil re-fus. 11 se rendit ensuite à la porte de la bastille Saint-Antoine, pour renouveler
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