ville sur un plan plus vaste. Je parlerai en son temps de cette reconstruction.
Charles V étant mort, le 16 septembre 1380, des suites du poison que, dit-on,vingt ans avant, le roi de Navarre lui avait fait prendre, son fils aîné, qui n’avaitque douze ans, lui succéda aussitôt. La jeunesse de ce prince, l’ambition deses trois oncles qui se partagèrent, puis se disputèrent l’autorité; l’état de dé-mence où tomba ce roi, l’humeur factieuse et galante de la reine Isabeau deBavière , la perfidie d’un grand nombre de seigneurs, et les guerres que lesAnglais ne cessèrent de faire à la France furent autant, de sources de malheurspour les Français . Du milieu de ces désordres sortirent néanmoins quelques loissages, mais mal exécutées, parmi lesquelles je dois indiquer l’ordonnance queCharles VI rendit le 20 avril 1402, par laquelle il prescrit au parlement de nepoint obéir à ses ordres verbaux, lorsqu’ils seront transmis par ses officiersou autres personnes. Des querelles très-vives entre des moines et l’Université,pour des motifs misérables, vinrent mêler leur ridicule au sentiment doulou-reux qu’inspiraient les crimes des ambitieux et l’extrême misère des peuples.Des réjouissances et des fêtes, parmi les horreurs de la famine et des maladiesépidémiques; des paix jurées et violées; des processions et des massacres;des actes de dévotion et des assassinats; des armées de brigands, nomméesgrandes compagnies, écorcheurs, etc., commandées par plusieurs seigneurs quipillaient, incendiaient les campagnes, en torturaient les habitants, et poussaientl’inhumanité jusqu’à faire rôtir des enfants pour tirer de l’argent de leurs pères ;les factions des Bourguignons et des Armagnacs , qui déchiraient le peuple ens’entre-déchirant; des guerres continuelles et leurs effroyables résultats ; lesarmées anglaises qui envahissaient la France , et le trône très-mal défendu parla noblesse ; tels sont les principaux traits du tableau que présente ce règne,où l’on vit renaître et se multiplier tous les désordres et toutes les abominationsdes onzième et douzième siècles. Parmi tant de troubles et de maux, Paris nedut guère s’enrichir de nouvelles institutions : voici la notice de celles qui s'é-tablirent ou s’accrurent pendant ce règne.
saint-gervais église paroissiale, aujourd’hui seconde succursale de la pa-roisse Notre-Dame , située rue du Monceau-Saint-Gervais. Cette église fut rebâ-tie sous le règne de Charles VI ; en 1420, on en fit la dédicace. Sa constructionest un exemple des modifications qu’au quinzième siècle subit le style ogival;il avait alors acquis tous les raffinements, toute la délicatesse dont ce genred’architecture peut être susceptible. Les voûtes sont très-élevées, très-hardies,et en quelques endroits offrent un tour de force qui n’est pas sans exemple dansles églises de Paris . On y voit les nervures des voûtes se réunir en faisceau,retomber et former, en s’abaissant, ce qu’on appelle une clef pendante oucul-de-lampe. — Les vitraux de cette église, quoique dégradés en plusieursparties, méritent qu’on s’y arrête. Les uns sont l’ouvrage de Pinaigrier, peintrecélèbre en ce genre; ils ont été faits en 1527 et 1530; les autres sont sortis, en1587, du pinceau de Jean Cousin . On ne doit pas oublier de voir la chapelle de