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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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HISTOIRE DE PARIS

raisons du prévôt, lorsqu’un cordonnier éleva la voix, et, par un discours véhé-ment et appuyé sur des faits connus, fit changer ces dispositions pacifiques.Bientôt après, trois cents bourgeois armés obligent le prévôt des marchands àmarcher avec eux au Palais, afin d’être leur organe auprès du prince. Le ducrégent, accompagné de l’évèque de Beauvais, chancelier de France , tous deuxmontés sur la grande table de marbre du Palais, se présentèrent devant le pu-blic. — Le prévôt des marchands demanda l’abolition des derniers impôts quele peuple était dans l’impossibilité de payer. Le duc répondit avec ménagement;le chancelier fit de même. Retirez-vous ‘paisiblement chacun chez vous , dit-il ;demain vous pourrez peut-être obtenir ce que vous désirez.

Dans l’intervalle de ce jour au lendemain, plusieurs hommes de qualité, quidevaient des sommes considérables aux Juifs et à d’autres usuriers, imaginè-rent, pour s’acquitter facilement, de porter le peuple à demander l’expulsiondes Juifs. Le lendemain, en effet, avant la publication de l’ordonnance, deshommes de la classe inférieure se portèrent avec fureur dans les maisons desreceveurs publics, brisèrent les caisses, répandirent l’argent dans les rues,déchirèrent les tarifs et registres, puis se rendirent dans une rue où se trou-vaient environ quarante maisons de Juifs, maisons toutes remplies de hardes,de meubles, de vaisselle d’argent, de pierreries mis en gage, les pillèrent, eteurent soin d’en tirer les promesses et obligations consenties par les nobles.Quelques Juifs même furent tués. Le massacre aurait été plus grand si ces mal-heureux n’eussent obtenu la faveur d'être admis dans les prisons du Châtelet,prisons qui, pour eux, devinrent un asile salutaire.

Après plusieurs tentatives inutiles pour séduire le peuple, le duc d’Anjouimagina le misérable expédient que voici : Il rendit, à ce qu’il paraît, une or-donnance qui ne fut pas publiée, par laquelle il rétablissait les impôts, causesde tous les troubles. D’après cette ordonnance qui doit être du mois de février1381 , on adjugea à huis clos, aux enchères, la ferme de ces contributions. Pourdonner de la publicité à cette manœuvre, jusqu’alors mystérieuse, on employaun odieux subterfuge : Un homme, largement payé, brave le péril, et, le dernierjour de février, monte à cheval, parcourt Paris et annonce qu’on va lever desimpôts. Cette publication jette l’alarme dans la population parisienne. Le len-demain les rues retentissent de cris séditieux; on court aux armes ; ceux qui enmanquent vont enfoncer les portes de l’Hôtel-de-Ville, y saisissent des mailletsde plomb fabriqués par ordre de Charles V . Cette espèce d’arme fit donner àceux qui s’en servirent le surnom de Mailtotins. Les portes des prisons sont bri-sées, les détenus mis en liberté, les procédures enlevées, déchirées. On assommesans pitié les percepteurs de l’impôt. Le pillage suivit les massacres. Les maisonsde ceux qu’on avait tués furent démeublées, quelques-unes abattues. Les sédi-tieux forcèrent les portes de l’abbaye Saint-Cermain-des-Prés, où plusieurs fer-miers et receveurs de l’impôt s’étaient réfugiés, tuèrent quelques personnes eten emportèrent plusieurs objets précieux. Ensuite la rue des Juifs, oii demeu-raient plusieurs familles de cette nation, devint le but principal du pillage : pen-dant trois ou quatre jours, leurs maisons furent dévalisées. Ceux qui les habi-taient prirent la fuite avec les biens qu’ils purent sauver.