Buch 
Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
Entstehung
Seite
298
JPEG-Download
 

a98

HISTOIRE DE PARIS

Jeune homme, tu devrais respecter ma vieillesse et mes infirmités ; mais tu n'abrègesma vie que de peu de jours. Besnie lui enfonce son épée dans le corps, la retireet len frappe plusieurs fois au visage.

Le duc de Guise qui, avec dautres seigneurs catholiques, était resté dans lacour, impatient dattendre le succès des assassins, dit en criant : Eesme , as-tuachevé? Besme répond. Cest fait. Guise réplique : Monsieur d'Angoulême ne lecroira que lorsquil le verra de ses propres yeux : jette le cadavre par la fenêtre.Alors Besme et Sarlaboux levèrent le corps de lamiral sur la fenêtre, et le firenttomber dans la cour. DAngoulême et Guise doutaient que ce fût le corps deColigni, dont le visage était déliguré par les blessures et le sang. Ils lessuyèrentavec leurs mouchoirs. Guise dit : Cest bien lui, et après avoir foulé aux pieds satête, ils remontèrent à cheval et sortirent. Le duc de Guise, alors, se mit à crier :Courage , soldats, nous avons heureusement commencé : allons aux autres, car leroi le commande. Il ne cessait de répéter ces mots : Le roi le commande , telle estsa volonté! Ce fut après cet exploit que la cloche de lhorloge du Palais réponditau son de celle de Saint-Germain-lAuxerrois. Alors les rues retentirent des crisaux armes! et. le massacre devint général.

Le duc de Guise, le bâtard dAngoulême , le duc de Nevers , le comte de Ta-vannes, Albert de Gondi , comte de Retz, courent par la ville, lépée à la main,pour exciter le peuple aux massacres; et pour mieux ly déterminer, iis disentque Coligni et ceux de son parti avaient conspiré contre le roi et les princes;que le roi, en ordonnant leur mort, ne faisait que prévenir les attentats desconjurés. Ainsi autorisé par le roi, le peuple se livra sans crainte, sans remords,à tous les excès. Il se porta dans la maison de Coligni, insulta son corps pardes mutilations dégoûtantes à raconter, le traîna dans les rues, et sapprêtait àle jeter dans la Seine , lorsquon savisa de le transporter aux fourches patibu-laires de Montfaucon, il fut pendu par les cuisses avec des chaînes de fer.Il y resta quelques jours; le duc de Montmorency, son parent et son ami, le fittransférer à Chantilly, et enterrer convenablement dans la chapelle de ce châ-teau. Un écrivain du temps dit : « La reine-mère pour repaître ses yeux de la» vue du corps mutilé de lamiral, pendant au gibet de Montfaucon, y mena ses» fils, sa fille et son gendre. La tète de lamiral fut, par ordre de la cour, embau-» mée, et envoyée, dit-on, à Rome en signe de triomphe. >>

Pendant que dans les rues de Paris on enfonçait les portes , quon égorgeailles habitants, quon jetait leurs corps ensanglantés par les fenêtres, des scènessemblables se passaient dans le Louvre. Dès que les massacres eurent com-mencé, Nancey, capitaine des gardes, vint avec une troupe nombreuse dansles antichambres du roi de Navarre et du prince de Condé, enleva toutes lesarmes des personnes attachées au service de ces princes, les chassa des ap-partements ils étaient encore couchés, et les conduisit à la porte du Lou-vre. Ces malheureux, parmi lesquels se trouvaient le baron de Pardaillan,Saint-Martin Bourses, le capitaine Pilles, invoquaient les promesses que le roileur avait faites ; mais, inutiles invocations 1 Le roi, placé à une des fenêtres duLouvre, prenait plaisir à les voir égorger par les Suisses , et crîait aux bour-reaux de nen épargner aucun. Dès que le jour commença à paraître, il se mit