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HISTOIRE DE PARIS
Jeune homme, tu devrais respecter ma vieillesse et mes infirmités ; mais tu n'abrègesma vie que de peu de jours. Besnie lui enfonce son épée dans le corps, la retireet l’en frappe plusieurs fois au visage.
Le duc de Guise qui, avec d’autres seigneurs catholiques, était resté dans lacour, impatient d’attendre le succès des assassins, dit en criant : Eesme , as-tuachevé? Besme répond. C’est fait. Guise réplique : Monsieur d'Angoulême ne lecroira que lorsqu’il le verra de ses propres yeux : jette le cadavre par la fenêtre.Alors Besme et Sarlaboux levèrent le corps de l’amiral sur la fenêtre, et le firenttomber dans la cour. D’Angoulême et Guise doutaient que ce fût là le corps deColigni, dont le visage était déliguré par les blessures et le sang. Ils l’essuyèrentavec leurs mouchoirs. Guise dit : C’est bien lui, et après avoir foulé aux pieds satête, ils remontèrent à cheval et sortirent. Le duc de Guise, alors, se mit à crier :Courage , soldats, nous avons heureusement commencé : allons aux autres, car leroi le commande. Il ne cessait de répéter ces mots : Le roi le commande , telle estsa volonté! Ce fut après cet exploit que la cloche de l’horloge du Palais réponditau son de celle de Saint-Germain-l’Auxerrois. Alors les rues retentirent des crisaux armes! et. le massacre devint général.
Le duc de Guise, le bâtard d’Angoulême , le duc de Nevers , le comte de Ta-vannes, Albert de Gondi , comte de Retz, courent par la ville, l’épée à la main,pour exciter le peuple aux massacres; et pour mieux l’y déterminer, iis disentque Coligni et ceux de son parti avaient conspiré contre le roi et les princes;que le roi, en ordonnant leur mort, ne faisait que prévenir les attentats desconjurés. Ainsi autorisé par le roi, le peuple se livra sans crainte, sans remords,à tous les excès. Il se porta dans la maison de Coligni, insulta son corps pardes mutilations dégoûtantes à raconter, le traîna dans les rues, et s’apprêtait àle jeter dans la Seine , lorsqu’on s’avisa de le transporter aux fourches patibu-laires de Montfaucon, où il fut pendu par les cuisses avec des chaînes de fer.Il y resta quelques jours; le duc de Montmorency, son parent et son ami, le fittransférer à Chantilly, et enterrer convenablement dans la chapelle de ce châ-teau. Un écrivain du temps dit : « La reine-mère pour repaître ses yeux de la» vue du corps mutilé de l’amiral, pendant au gibet de Montfaucon, y mena ses» fils, sa fille et son gendre. La tète de l’amiral fut, par ordre de la cour, embau-» mée, et envoyée, dit-on, à Rome en signe de triomphe. >>
Pendant que dans les rues de Paris on enfonçait les portes , qu’on égorgeailles habitants, qu’on jetait leurs corps ensanglantés par les fenêtres, des scènessemblables se passaient dans le Louvre. Dès que les massacres eurent com-mencé, Nancey, capitaine des gardes, vint avec une troupe nombreuse dansles antichambres du roi de Navarre et du prince de Condé, enleva toutes lesarmes des personnes attachées au service de ces princes, les chassa des ap-partements où ils étaient encore couchés, et les conduisit à la porte du Lou-vre. Ces malheureux, parmi lesquels se trouvaient le baron de Pardaillan,Saint-Martin Bourses, le capitaine Pilles, invoquaient les promesses que le roileur avait faites ; mais, inutiles invocations 1 Le roi, placé à une des fenêtres duLouvre, prenait plaisir à les voir égorger par les Suisses , et crîait aux bour-reaux de n’en épargner aucun. Dès que le jour commença à paraître, il se mit